Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
JPEG-Download
 

LETTRES DE MADAME DK SÉVIGNË

485

Au contraire, il vous dira :

Je rends grâces aux dieux de nêtre pas Créqui,

Pour conserver le cœur de mon ami Bussi 1 .

Je me suis trouvée naturellement dans cette affaire, par le plaisir que jepris de lui dire ce que vous me mandiez de lui sur sa nouvelle dignité; jaidonc vu mieux quun autre lestime quil fait de votre estime. Vous verrez sa ré-ponse, et, pour vous faire aimer la modération de votre seconde lettre, il fautque vous soyez persuadé que si elle avoit été autrement, elle auroit mis le tortde votre côté, car il arrive souvent quayant toute la raison pour soi, on estblâmé pour la manière rude dont on la fait valoir.

Que dites-vous du retour deM. de Luxembourg? Le roi pouvoit-il lui faireune plus éclatante réparation que de se remettre à sa garde? Quand on passeraitsa vie à méditer les changements quôn voit à la cour tous les jours, on nycomprendrait rien. Jen souhaiterais un pour vous : quelque avantageux quilvous fût, il ne surprendrait pas tant le public que celui de M. de Luxembourg.

Vous trouverez encore ici la belle Madelonne et le bon Gorbinelli ; venezdonc vitement, car mon dîner est tout prêt, et

.Souvenez-vous bien

Quun dîner réchauffé ne valut jamais rien.

Cest le Lutrin qui nous apprend cette grande vérité.

AU PRESIDENT DE MOULCEAU

A Livry, 20 octobre 1082.

Je suis ici dans ce petit lieu que vous connoissez, monsieur. Ce fut la plusforte des raisons qui mobligea de vous y mener, car je voulois absolument quequand je vous écrirais à Livry, votre imagination sût me prendre. Vous mevoyez donc présentement : il y a cinq semaines que je suis avec ma fille, sou-vent avec mon fils, avec mon bon abbé, avec mademoiselle de Grignan, avec lepetit Grignan et quelques jours le chevalier. Si vous saviez, monsieur, comme

* Je rends grâces aux dieux de nètre pas Romain,

Pour conserver encor quelque chose dhumain.

Horace, acte II, scène in.