LETTRES DE MADAME DK SÉVIGNË
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Au contraire, il vous dira :
Je rends grâces aux dieux de n’être pas Créqui,
Pour conserver le cœur de mon ami Bussi 1 .
Je me suis trouvée naturellement dans cette affaire, par le plaisir que jepris de lui dire ce que vous me mandiez de lui sur sa nouvelle dignité; j’aidonc vu mieux qu’un autre l’estime qu’il fait de votre estime. Vous verrez sa ré-ponse, et, pour vous faire aimer la modération de votre seconde lettre, il fautque vous soyez persuadé que si elle avoit été autrement, elle auroit mis le tortde votre côté, car il arrive souvent qu’ayant toute la raison pour soi, on estblâmé pour la manière rude dont on la fait valoir.
Que dites-vous du retour deM. de Luxembourg? Le roi pouvoit-il lui faireune plus éclatante réparation que de se remettre à sa garde? Quand on passeraitsa vie à méditer les changements qu’ôn voit à la cour tous les jours, on n’ycomprendrait rien. J’en souhaiterais un pour vous : quelque avantageux qu’ilvous fût, il ne surprendrait pas tant le public que celui de M. de Luxembourg.
Vous trouverez encore ici la belle Madelonne et le bon Gorbinelli ; venezdonc vitement, car mon dîner est tout prêt, et
.Souvenez-vous bien
Qu’un dîner réchauffé ne valut jamais rien.
C’est le Lutrin qui nous apprend cette grande vérité.
AU PRESIDENT DE MOULCEAU
A Livry, 20 octobre 1082.
Je suis ici dans ce petit lieu que vous connoissez, monsieur. Ce fut la plusforte des raisons qui m’obligea de vous y mener, car je voulois absolument quequand je vous écrirais à Livry, votre imagination sût où me prendre. Vous mevoyez donc présentement : il y a cinq semaines que je suis avec ma fille, sou-vent avec mon fils, avec mon bon abbé, avec mademoiselle de Grignan, avec lepetit Grignan et quelques jours le chevalier. Si vous saviez, monsieur, comme
* Je rends grâces aux dieux de n’ètre pas Romain,
Pour conserver encor quelque chose d’humain.
Horace, acte II, scène in.