LETTRES DE MADAME DE SKVIC,XK
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envoyé votre lettre à notre ami. Nous ne savions ce que vous étiez devenu ;mais, Dieu merci, vous étiez occupé fort honorablement : je m’en réjouis.
AU COMTE DE BUSSY
A Paris, ce 4 décembre 1683,
Si vous saviez, mon pauvre cousin, ce que c’est que de marier son fils, vousm’excuseriez d’avoir été si longtemps sans vous écrire. Je suis dans le mouve-ment d’un commerce fort vif avec le mien, qui est en Bretagne, et sur le pointd’épouser une fille de bonne maison, dont le père est conseiller au parlement,et riche de plus de soixante mille livres de rentes. Il donne deux cent mille francsà sa fille : c’est un grand mariage en ce temps-ci 1 . Il y a eu beaucoup de chosesà ajuster avant que d’en venir à signer les articles, commenous avons fait il ya quatre jours. Je vous souhaite, mon cher cousin, le même embarras, et jevous promets en ce cas de recevoir vos excuses de ne m’avoir point écrit depuislongtemps, comme je vous conjure de recevoir les miennes. On m’a dit quemadame de Bussy étoit encore à Paris; cependant j’avois ouï dire qu’ellevousalloit trouver. Adieu, mon cousin; adieu, ma nièce.
AU MÊME
A Paris, ce 16 décembre 1683.
Enfin, après tant de peine, je marierai mon pauvre garçon. Je vous de-mande votre procuration pour signer à son contrat de mariage. Voilà deux pe-tites lettres d’honnêteté queje vous prie de faire tenir à ma tante de Toulongeonet à mon grand cousin. Il ne faut jamais désespérer de sa bonne fortune. Jecroyois mon fils hors d’état de pouvoir prétendre à un bon parti, après tantd’outrages et tant de naufrages, sans charges et sans chemin pour la fortune;et, pendant que je m’entretenois de ces tristes pensées, la Providence nousdestinoit ou nous avoit destinés à un mariage si avantageux, que, dans le tempsoù mon fils pouvoit le plus espérer, je ne lui en aurois pas désiré un meilleur.
* M. de Sévigné épousa, le 8 février suivant, mademoiselle Jeanne-Marguerite, fille de Mou-rille de Proliant, baron de Mauron, conseiller au parlement de Bretagne.
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