LETTRES DE MADAME DE SÉV1GNÉ
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C’est ainsi que nous marchons en aveugles, ne sachant où nous allons, prenantpour mauvais ce qui est bon, prenant pour bon cequi est mauvais, et toujoursdans une entière ignorance. Auriez-vous jamais cru aussi que le P. Bourdaloue,pour exécuter la dernière volonté du président Perrault, eût fait depuis sixjours aux Jésuites la plus belle oraison funèbre qu’il est possible d’imaginer?Jamais une action n’a été admirée avec plus de raison que celle-là. Il a pris leprince 1 dans ses points de vue avantageux; et, comme son retour à la re-ligion a fait un grand effet pour les catholiques, cet endroit, manié par leP. Bourdaloue, a composé le plus beau et le plus chrétien panégyrique quiait jamais été prononcé.
A II PRESIDENT DE MOULCEAU
A Paris, ce l ar mars 1084,
Il est vrai que j’ai tort de ne pas vous avoir mandé la conclusion du mariagede mon fils ; mais cela même me servira d’excuse. Demandez à notre ami Cor-binelli ce que c’est que d’avoir affaire à des Bas-Bretons : il n’y a point detête qui n’en soit renversée, et Bonne peut pas songer àM. deMoulceauquandon fait un contratdans la généralité de Ploërmel. Cette dernière pensée chasseabsolument l’autre; votre souvenir ne peut pas demeurer dans une mémoirechargée de tous les incidents qui ont accompagné notre mariage, jusqu’au jourde la bénédiction nuptiale. Elle fut donnée le 8 de l’autre mois, et, dès ce mo-ment, je me mis à respirer et à songer qu’il y avoit au monde l’antipode denotre beau-père, qui s’appeloit. M. de Moulceau. Cette pensée m’a redonné lavie, et votre lettre est venue tout à propos pour répondre à ce qu’on pensoit devous. Notre Corbinelliaeu part aussi à mon tourbillon : car le pauvre hommen’en est pas à couvert ; il a beau se parer de sa philosophie, il faut qu’il écoutemes détails cruels, qu’il entre dans mes colères, qu’il me dise quej’ai raisonpour m’empêcher de la perdre tout à fait; enfin il a été dans cette occasion,comme dans plusieurs autres, le médecin de mon âme.
Vous me rendez un fort bon compte de M. de Tardes; mais renvoyez-le-nous ; nous avons besoin de son mérite. Je n’approuve point qu’il ait quitténotre quartier; il est allé se planter au fond du faubourg Saint-Germain, et y
1 tlenri If de Bourbon, prince de Coudé. Sa principale gloire fut d’avoir donné le jour augrand Condé.