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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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son chemin, toute précieuse qu’elle est, par une armée de quarante millehommes ; il n’en faut pas moins pour lui faire un lit. Il me semble que c’estun présent que madame de Maintenon fait au roi de la chose du monde qu’ilsouhaite le plus. Je ne. connoissois point le nom de cette rivière; mais, quoi-qu’il ne soit pas fameux, ceux qui sont sur ses bords ne laisseront pas d’êtreétonnés de son absence. Ce n’est point ce qu’on a accoutumé de craindredans un tel voisinage; et les géographes seront aussi embarrassés que ceuxqui n'eussent point trouvé le mont Pélion et le mont Ossa quand Mercureles eut dérangés. Cette considération l’obligea, comme vous savez, à lesremettre en place 1 ; mais Sa Majesté n’aura pas tant de complaisance pources messieurs.

Il me paroît que M. de Montausier ne ménagera guère la maison de Poli-gnac, de faire rompre par son opiniâtreté un mariage si engagé et si assorti.M. de la Garde m’en écrivit l’autre jour, dans votre sentiment, trouvant fortmal de traiter ainsi des gens de cette qualité et d’un si grand mérite à l’é-gard de mademoiselle d’Alerac et de M. de Grignan : je suis assurée que biendes gens seront de cet avis. Si vous trouvez madame de Lavardin, vous ferezbien de continuer à lui parler conlidemment de cette affaire.

Quant à moi, qui ne vois dans l’avenir aucun duc pour consoler mademoi-selle d’Alerac de ce qu’elle perd, je pense que son bien ne tentera personne,et que l’espérance de celui de sa sœur n’est qu’une vision et une chimèrequ’on fera servira la détourner d’une alliance si convenable et si belle. Youscroyez bien après cela que les grands partis ne voudront pas risquer la mêmedestinée : le refus sera sûr, et le sujet du refus extrêmement incertain, ettout à fait dans les idées de Platon. On se persuade aisément que la craintede ne point voir cette jolie tille établie ne touche guère M. de Montausier(oncle de mademoiselle d’Alerac), et qu’il envisage sans horreur tout ce quien peut arriver : mais je vous avoue que j’en serois affligée, et que je prendsun véritable intérêt à cette dernière scène.

Vous m’apprenez toujours des morts qui me surprennent. Ce grand Simiane,il étoit bien sujet à la gravelle : il en est guéri ; tout cela va bien vite. Vousapostrophez Pâme de mon pauvre père, pour vous faire raison delà patiencede quelques courtisans. Dieu veuille qu’il ne soit point puni d’avoir été d’uncaractère si opposé ! Vous vous fatiguez à m’écrire et à répondre à tout : ah !mon Dieu! laissez-moi dire, je n’ai que cela à faire. Vous vous moquez de la

gfo in), pour la faire passer à travers les terres par un aqueduc à Maintenon, et de là être con-duite à Versailles. Ce fut la guerre de 1688 qui, jointe aux maladies causées parle remuementdes terres, lit discontinuer les travaux du camp de Maintenon.

1 Voir le dialogue de Lucien intitulé Caron ou le Contemplateur.