Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
JPEG-Download
 

LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÊ

515

ménagée, pour éviter de s’engager, au cas qu’elle revînt au monde, et pourempêcher M. d’... d’aller chez elle. Cela m’a fait souvenir du soin qu’elleprit de me venir voir à Montjeu, de peur que je n’allasse chez elle. Ce que vousme mandez de plus agréable sur son sujet, c’est qu’elle étoit charitable auxpauvres. 11 n’en faut pas davantage pour sauver la fille de la mère de Chantal.

Je passerai ici l’hiver et une grande partie de l’été. J’y suis fort agréablementavec mon lils et sa nouvelle épouse. Je crois que vous ne retournerez pas plustôt que moi; mais il ne faut pas laisser que de s’écrire de temps en temps.La belle Madelonne est demeurée à Paris. C’est ce qui fait ma peine ; maisainsi l’ont ordonné les destinées. Celle de notre cher ami ( Corbinelli ) seratoujours de vous servir jusqu’aux derniers moments de sa vie. C’est un amiqu’on ne sauroit trop aimer. Je regrette bien les dîners que j’aurois donnés àma nièce de Coligny quand elle auroit dû voirM. de Lamoignon. N’avez-vouspas gardé son joli garçon auprès de vous? Il vous tiendra compagnie. Adieu,mon cher cousin. Mon fils et sa femme vous assurent de leurs très-humblesservices, et moi, je vous embrasse de tout mon cœur.

A MADAME DE GRIGNAN

Aux Rochers, mercredi 14 février 1685.

Je n’ai point reçu de vos lettres cet ordinaire, ma chère bonne, et, quoiqueje sache que vous êtes à Versailles, que je croie et que j’espère que vous vousportez bien, que je sois assurée que vous ne m’avez point oubliée, je n’ai paslaissé d’être toute triste et toute décontenancée, car le moyen ma bonne, dese passer de cette chère consolation? Je ne vous dis pas assez à quel point voslettres me plaisent, et à quel point elles sont aimables, naturelles et tendres ;je me retiens toujours sur cela par la crainte de vous ennuyer. Je relisoistantôt votre dernière lettre, je songeois avec quelle amitié vous touchez cetendroit de la légère espérance de me revoir au printemps, et comme aprèsavoir trouvé les mois si longs, cela se trouveroit proche présentement; carvoilà tous les préparatifs du printemps. Ma bonne, j’ai été sensiblement tou-chée de vos sentiments et des miens, qui ne sont pas moins tendres, et del’impossibilité qui s’est si durement présentée à mes yeux; ma chère com-tesse, il faut passer ces endroits, et mettre tout entre les mains de la Provi-dence, et regarder ce qu’elle va faire dans vos affaires et dans votre famille.

Mon fils et sa femme sont à Rennes depuis lundi ; ils y ont quelques affaires

65