LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
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A LA MÊME
Aux Rochers, dimanche 25 février 1685,
Ah ! ma bonne ! quelle aventure que celle (le la mort du roi d’Angleterre 1 !la veille d’une mascarade!
AO MARQUIS IIE GRIGNAN
Mon marquis, il faut que vous soyez bien malheureux de trouver en votrechemin un événement si extraordinaire !
Rodrigue, qui l’eût cru? — Chimcne, qui l’eût dit 2 ?
Lequel vous a le plus serré le cœur, ou le contre-temps, ou quand votreméchante maman vous renvoya de Notre-Dame? Vous en fûtes consolé le mêmejour; il faut que le billard, et l’appartement, et la messe du roi, et toutes leslouanges qu’on a données à vous et à votre joli habit, vous aient consolé danscette occasion, avec l’espérance que cette mascarade n’est que différée. Moncher enfant, je vous fais mes compliments sur tous ces grands mouvements,mais laites-m’en sur toutes mes attentions mal placées : j’avois été à la masca-rade, à l’opéra, au bal; je m’étois tenue droite, je vous avois admiré, j’avoisété aussi émue que votre belle maman, et j’ai été trompée.
A MADAME DE G RICA A N
Ma bonne, je comprends tous vos sentiments mieux que personne : vraimentoui, on se transmet dans ses enfants, et, comme vous dites, plus vivement quepour soi-mème : j’ai tant passé par ces émotions ! C’est un plaisir, quand on lesa pour quelque jolie petite personne qui en vaut la peine et qui fait l’admirationdes autres. Votre fils plaît extrêmement ; il a quelque chose de piquant et d’a-gréable dans la physionomie ; on ne saurait passer les yeux sur lui comme sur
1 Le roi Charles II mourut le 10 février 1085, et le roi de France ne voulut pas que detorde la semaine il y eût à la cour ni bal ni comédie. Le petit marquis deGrignan devait fairepnrlie de la mascarade.
* Voyez le Cid, acte 111, scène îv,
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