LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNË
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levées aux manches et au bas de la jupe ; mais je crois que ce n’est plus la mode,et il ne se faut pas jouer à être ridicule à Rennes, où tout est magnifique. Jeserai ravie d’être habillée dans votre goût, ayant toujours pourtant l’économieet la modestie devant les yeux. Je ne veux point de Toupers, rien que la bonnemadame Dio : elle a ma mesure. Vous saurez mieux que moi quand il faudracet habit, puisque vous serez informée du départ de Chaulnes, et je courrai àRennes pour les voir. En vérité, je serois ingrate si je ne les aimois ; tous les in-grats qu’ils ontfaits en ce pays fonthorreur,etjenevoudroispasleurressembler.
On nous mande (ceci est fuor di proposito ) que les minimes de votre Pro-vence ont dédié une thèse au roi, où ils le comparent à Dieu, mais d’unemanière qu’on voit clairement que Dieu n’est que la copie. On l’a montrée àM. de Meaux, qui l’a portée au roi, disant que Sa Majesté ne la doit passouffrir. Le roi a été de cet avis : on a renvoyé la thèse en Sorbonne pourjuger; la Sorbonne a décidé qu’il la falloit supprimer. Trop est trop ; jen’eusse jamais soupçonné des minimes d’en venir à cette extrémité. J’aimeà vous mander des nouvelles de Versailles et de Paris ; ignorante !!!
Vous conservez une approbation romanesque pour les princes de Conti 1 ;pour moi, qui ne l’ai plus, je les blâme de quitter un tel beau-père, de nepas se fier à lui pour leur faire voir assez de guerre. Eh ! mon Dieu, ils n’ontqu’à prendre patience, et à jouir de la belle place où Dieu les â mis ; per-sonne ne doute de leur courage : à quel propos faire les aventuriers et leschevaux échappés? Jmurs cousins de Condé n’ont pas manqué d’occasionsde se signaler, ils'n’en manqueraient pas aussi. Et cou questo je finis, matrès-aimable et très-chère bonne, toute pleine de tendresse pour vous, dévo-rant par avance ce mois de septembre où nous touchons.
Le bien cher vous aime comme il a toujours fait : il lui prend des furiesd’envie de voir Pauline qui me font rire. Votre frère, votre belle-sœur, quene vous disent-ils point? J’embrasse mille fois encore ma chère bonne.
A LA MÊME
Aux Rochers, dimanche 17 juin 1685,
Que je suis aise que vous soyez à Livry, ma très-chère bonne, et que vousy ayez un esprit débarrassé de toutes les pensées de Paris! Quelle joie depou-
1 Les princes de Conti et de la Roche-sur-Yvon étaient partis pour aller servir en Hongrie,où ils se trouvèrent au combat de Cran, et firent des prodiges de valeur.
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