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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉV1GNÉ

table. Il faut voir qui sera le commissaire 1 ; ils ont encore ce choix à essuyer.Si vous êtes dans leur confiance, ils ont bien des choses à vous dire, car rienn’est égal à l’agitation qu’ils ont eue depuis quelque temps.

Pour M. Bruan 2 , le bien bon dit que ce n'est point un homme à recevoirune pistole pour une conférence; d’en donner deux, ce seroittrop. Il faut sa-voir de M. le Cour, qui l’a souvent consulté, et de M. de la Trousse, qui ne lepayera qu’à la fin de son bâtiment. A-t-il fait un devis? On donne plus oumoins, selon la peine : il est difficile de dire précisément d’ici ce qu’il lui faut.Pour moi, je vous conseille de nous attendre ; ce n’est pas un homme qu’onpaye jour à jour. Pour votre chambre, ma bonne, je comprends qu’elle est fortbien, avec tout ce que vous me mande/. ; si la sagesse ne faisoit point fermer lesyeux sur tout ce qui convient à la magnificence des autres et à la qualité, on nese laisserait pas tomber en pauvreté. Je sais le plaisir d’orner une chambre;j’y aurois succombé sans le scrupule que je me suis toujours fait d’avoir deschoses qui ne sont pas nécessaires, quand on n’a pas les nécessaires. J’ai pré-féré de payer mes dettes, et je crois que la conscience oblige non-seulement àcette préférence, mais à la justice de n’en plus faire de nouvelles. Ainsi je blâmematernellement et en bonne amitié l’envie qu’a M. de Grignan de vous donnerun autre miroir. Contentez-vous, ma chère bonne, de celui que vous avez ; ilconvient à votre chambre, qui est encore bien imparfaite; il est à vous parbien des titres, et tout mon regret est de ne vous avoir donné que la glace ;j’aurais été bien aise, il y a longtemps, de le faire ajuster comme vous avezfait. Jouissez donc, ma chère bonne, de votre dépense, sans en faire une plusgrande, qui serait superflue et contre les bonnes mœurs que nous professons.

Ma bonne, voyez un peu comme s’habillent les hommes pour l’été ; je vousprierai de m’envoyer d’une étoffe jolie pour votre frère, qui vous conjure de lemettre du bel air, sans dépense, savoir comme on porte les manches, choisiraussi une garniture, et d’envoyer le tout pour recevoir nos gouverneurs. Monfils a un très-bon tailleur ici. M. du Plessis vous donnera de l’argent du bonabbé, pour les rubans : car avec un petit billet que j’écrirai à Gautier, à qui jene dois rien, il attendra mon retour. Je vous prie aussi de consulter madamede Chaulnes pour l’habit d’été qu’il me faut pour l’aller voir à Rennes; carpour les états, ma chère bonne, je vous en remercie. Je reviendrai ici com-mencer à faire mes paquets pour me préparer à la grande fête de vous revoiret de vous embrasser mille fois. Madame de Chaulnes en sera bien d’accord.J’ai un habit de taffetas brun piqué avec des campanes d’argent, un peu re-

1 Ce fut M. de Fieubet, conseiller d’Etat.

8 Architecte que madame de Sévigné avait quelquefois employé ; auteur des plans et dessinsd’une grande partie des bâtiments de la Salpêtrière, des Invalides, etc.