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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

et amollir l’endroit où étoient ces plaies, qui étoit dur; ils ont mieux aimé,avec un long temps, me faire transpirer toutes ces sérosités par ces herbes quiattirent de l’eau, et ces lessives, etceslavages ; et, à mesure que jecontinuelesremèdes, ma jambe redevient entièrement dans son naturel, sans douleur, sanscontrainte. On étale l’herbe sur un linge, on le pose sur ma jambe, et on l’en-terre après une demi-heure : je ne crois pas qu’on puisse guérir plus agréa-blement un mal de sept ou huit mois. La princesse (de Tarente ), qui esthabile, est contente de ce remède, et s’en servira dans les occasions.

Elle vint hier ici avec un grand emplâtre sur son pauvre nez, qui a pensé envérité être cassé. Elle me dit tout bas qu’elle venoit de recevoir cette petiteboîte de thériaque céleste quelle vous donne avec plaisir; j’irai la prendredemain dans son parc, où elle est établie ; c’est le plus précieux présent qu’onpuisse faire ; parlez-en à Madame quand vous ne saurez que lui dire. On croitque madame l’électrice 1 pourrait bien venir en France, si on lui assure qu’ellepourra vivre et mourir dans sa religion, c’est-à-dire qu’on lui laisse la libertéde se damner. La princesse nous a parlé du carrousel. Je me doutois bien,ma bonne, que nous étions ridicules de tant retortiller sur ce livre : je vousl’ai mandé; je le disois à votre frère, il en étoit assez persuadé; mais nousavons cru qu’il suffisoit d’avoir fait cette réflexion, et qu’en faveur des Ro-chers nous pouvions nous y amuser un peu plus que de raison. Nous noussouvenons encore fort distinctement comme tout cela passe vite à Paris; maisnous n’y sommes pas, et vous aurez fait conscience de vous moquer de nous.

Parlons de Livry. Vous couchez dans votre chambre ordinaire, M. deGrignan dans la mienne, celle du bien bon est pour les survenants, mademoi-selle d’Alerac au-dessus, le chevelier dans la grande blanche, et le marquis aupavillon. N’est-il pas vrai, ma bonne? je vais donc dans tous ces lieux em-brasser tous les habitants, et les assurer que, s’ils se souviennent de moi, jeleur rends bien ce souvenir avec une sincère et véritable amitié. Je souhaiteque vous y retrouviez tout ce que vous y cherchez, mais je vous défends deparler encore de votre jeunesse comme d’une chose perdue ; laissez-moi ce dis-cours : quand vous le faites, il me pousse trop loin, et tire à de grandes con-séquences. Je vous prie, ma chère bonne, de ne point retourner à Paris pourles commissions dont nous vous importunons, votre frère et moi. EnvoyezEnfossy chez Gautier, qu’il vous envoie des échantillons; écrivez à la d’Es-cars ; ne vous pressez point, ne vous dérangez point ; vous avez du tempsde reste, il ne faut que deux jours pour faire mon manteau, et l’habit demon fils se fera en ce pays : au nom de Dieu, ne raccourcissez point votre sé-

1 Villieiniine-Eruestine, fille de Frédéric Ut, roi de ['àiieuiavk.