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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGA'É
jour; jouissez de cette petite abbaye pendantque vous y êtes et que vous l’avez.
J’ai écrit à la d’Escarspour vous soulager, je lui envoie un échantillon d’unedoublure or et noir qui ferait peut-être un joli habit sans doublure, une fraiiged’or au bas; elle me coûtoit sept livres. En voilà trop sur ce sujet, vous nesauriez mal faire, ma chère bonne. Nous avons ici une lune toute pareille à celledeLivry; nous lui avons rendu nos devoirs ; et c’est passer une galerie qued’aller au bout du rnail. Cette place Madame est belle, c’est comme un grandbelvédère, d’où la campagne s’étend à trois lieues d’ici vers une forêt de M. dela Trémouille ; mais cette lune est encore plus belle sous les arbres de votreabbaye ; je la regarde, et je songe que vous la regardez : c’est un étrange ren-dez-vous, ma chère mignonne; celui de Bâville sera meilleur. Si vous avezM. de la Garde, dites-lui bien des amitiés pour moi.
Dites-moi donc comme le chevalier (de Griyuan) marche, et comme cecomte (M. de Grignan) se trouve de sa fièvre. Ma chère bonne, Dieu vousconserve parmi tant de peines et de fatigues. Je vous baise des deux côtés devos belles joues, et suis entièrement à vous, et le bien bon; il est ravi quevous aimiez sa maison.
Je baise la belle d’Alerac et mon marquis. Comment M. du Plessis est-ilavec vous? Dites-m’enun mot.
Mon fils et sa femme vous honorent et vous aiment, et je conte souvent ceque c’est que cette dame de Grignan. Cette petite femme dit : « Mais, ma-dame, y a-t-il des femmes faites comme cela? »
AU COMTE DE BUSSY
Aux Rochers, ce 22 juillet 1685.
Croiriez-vous bien, mon cher cousin, que je n’ai reçu que depuis quatrejours le livre de notre généalogie, que vous me faites l’honneur de me dédierpar une lettre trop aimable et trop obligeante? Il faudrait être parfaite, c’est-à-dire n’avoir point d’amour-propre, pour n’être pas sensible à des louanges sibien assaisonnées. Elles sont même choisies et tournées d’une manière que, sil’on n’y prenoit garde, on se laisserait aller à la douceur de croire en mériterune partie, quelque exagération qu’il y ait. Vous devriez, mon cher cousin,avoir toujours été dans cet aveuglement, puisque je vous ai toujours aimé, etque je n’ai jamais mérité votre haine. N’en parlons plus ; vous réparez tropbien tout le passé, et d’une manière si noble et si belle, que je veux bien pré-