LETTRES DE MADAME DE SÉV1GNÉ
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LE COMTE DE DU SS Y A MADAME DE SÊVIGNÉ
A Bussy, ce 4 aoùl 1085.
Vous direz ce qu’il vous plaira, madame, sur ce que je dis de vous dansnotre généalogie; mais au fond vous savez que je dis vrai, et, si je l’avois bienentrepris, je vous en ferois demeurer d’accord. Cependant je laisse le champlibre à votre modestie, et je ne vous demande autre chose, sinon que vouscroyiez que je suis persuadé, comme de mourir un jour, que vous êtes unedes plus jolies et des plus aimables femmes que j’aie jamais connues. Quoi-que je n’aie jamais été flatteur, il y a eu des temps où ces louanges auraientpu être suspectes ; mais il faut me croire aujourd’hui.
Je suis ravi que la belle comtesse ait trouvé dans notre généalogie soncompte avec moi, aussi bien que le bon abbé, mais je suis très-fâché den’avoir pas dit de M. de Sévigné tout ce que j’en sais, c’est-à-dire de n’avoirpas retouché à ce qui le regarde depuis qu’il étoit guidon. Laissez-moi faire,et apportez seulement à Paris le livre que je vous ai envoyé. Je redirai biende lui, moi son parent et son ami, ce que ses ennemis même ne pourraients’empêcher de dire. Je n’oublierai pas même la maison et le mérite de ma-dame sa femme.
Gomme vous dites, ma chère cousine, je suis bien payé de la peine que j’aiprise, nornpas par l’honneur qui m’en revient, mais par le plaisir que jevous ai donné, et par les remercîments que vous m’en faites. Nous avons euM. le Duc à Dijon quinze jours, où j’ai été pour lui faire ma cour : je l’aifaite agréablement.
Vous avez raison, ma chère cousine, de croire que la Providence règle tout.Elle ne trouve pourtant pas mauvais que nous fassions des desseins ; elle veutmême que nous nous aidions, mais aussi que nous ne nous confiions pas tropen nos forces. Je vous plains étrangement de votre séparation d’avec madamede Grignan après même dix mois d’absence. Votre grand cousin de Toulongeonn’a bougé de chez lui que pour venir deux ou trois jours à Dijon pendant lesétats, où il a faitériger sa terre d’Alonne en comté, sous le nom deToulongeon,aussi donnez-vous bien de garde, quand vous lui écrirez, de mettre à lasus-eription de la lettre à Alonne. Je lui écrivis dernièrement : À M. le comted'Âlonne, à Toulongeon . Il n’est point possible qu’il ne vous ait point faitde réponse ; il sait trop bien vivre pour y avoir manqué, et ce n’est que l’excèsde la douleur de sa perte qui l’en a empêché.