Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNE

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sentement vous en devoir de reste. Ma lille na pas eu le livre entre les mainssans se donner le plaisir de le lire; et elle sy est trouvée si agréablement,quelle en a sans doute augmenté lestime quelle avoit de vous et de notremaison, comme jen redouble aussi de tout mon cœur mes remercîments. Monfils nest pas si content : vous le laissez guidon, sans parler de la sous-lieute-nance qui la fait commander en chef quatre ans la compagnie des gendarmesde monseigneur le Dauphin ; et, comme cette première charge la fort long-temps ennuyé, il a soupiré en cet endroit, croyant y être encore. Sa femmeest dune des bonnes maisons de Bretagne; mais cela nest rien.

Venons à nos Mayeul et à nos Amé. En vérité, mon cher cousin, cela est fortbeau ; ce sont des vérités qui font plaisir. Ce nest point chez nous quenous trouvons ces titres, cest dans les chartes anciennes et dans des his-toires . Ce commencement de maison me plaît fort ; on nen voit point la source,et la première personne qui se présente est un fort grand seigneur, il y a plusde cinq cents ans, (les plus considérables de son pays, dont nous trouvons lasuite jusquà nous. Il y a peu de gens qui puissent trouver une si belle tête.Tout le reste est fort agréable ; cest une histoire en abrégé, qui pourroit plairemême à ceux qui ny ont point dintérêt. Pour moi, je vous avoue que jensuis charmée, et touchée dune véritable joie que vous en ayez au moins tiré devosmalheurs, comme vous dites fort bien, laconnoissance de ce que vous êtes.Enfin, je ne puis assez vous remercier de cette peine que vous avez prise, etdont vous vous êtes payé en même temps par vos mains. Je garderai soigneuse-ment ce livre. Je crois voir ma fille avant quelle retourne en Provence, il meparoît quelle veut passer lhiver. Ainsi nos affaires nous auront cruellementdérangées. La Providence le veut ainsi. Elle est tellement maîtresse de toutesnos actions, que nous nexécutons rien que sous son bon plaisir, et je tâche dene faire de projets que le moins quil mest possible, afin de nêtre pas si sou-vent trompée ; car qui compte sans elle compte deux fois. Quest donc devenumon grand cousin de Toulongeon? a-t-il lu quon ne fasse point de réponseà sa cousine geimaine, quand elle nous console sur la mort dune mère? Jaivu son oraison funèbre; elle est bonne, hormis que feu M. de Toulongeonnétoit point capitaine des gardes, mais seulement capitaine aux gardes. Cettedifférence est grande, et peut faire tort aux vérités.

Le bon abbé (de Coulanges) sest trouvé fort honorablement dans votregénéalogie : il en est bien content, et vous assure de ses très-humbles services.

Quand je serai à Paris, nous vous écrirons, Corbinelli et moi. Adieu, moncher cousin; ayez bon courage.

Jai peur que vous ne soyez abattu ; mais je vous fais tort, et je vous ai vusoutenir de si grands malheurs, que je ne dois pas douter de vos forces.