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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNE

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Coligny), le reste étant vrai, on peut le trouver assez bon pour être jeté dans unfond de cabinet, sans en être plus glorieuse. Il vous traite fort bien ; il me veuttrop dédommager par des louanges que je ne crois pas mériter, non plus queses blâmes. Il passe gaillardement sur mon fils, et le laisse inhumainement gui -don dans la postérité. Il pouvoit dire plus de bien de sa femme, qui est un desbeaux noms de la province ; mais en vérité, mon fils l’a si peu ménagé et l’atoujours traité si incivilcment, que, lui ayant rendu justice sur sa maison, ilpouvoit bien se dispenser du reste. Vous en avez mieux usé, et il vous le rend.

Madame de la Fayette m’a envoyé une relation de la fête de Sceaux 1 , quinous a fort divertis. Qu’elle étoit jolie! Qu’il y a d’esprit et d’invention dansce siècle! Que tout est nouveau, galant, diversifié! Je ne crois pas qu’onpuisse aller plus loin. La querelle de Mesdames d’IIeudicourt 2 et de Poi-tiers 3 est plaisante. Ah! que cette dernière disoit vrai : Vous êtes un plai-sant visage de fête. Vraiment, elle a raison ; il faut dans une fête un visagequi ne gâte point la beauté de la décoration, et, quand on n’en a point, ilen faut emprunter ou n’y point aller. Je voudrois que vous y eussiez porté levôtre; il y en avoit peu de pareils. On me parle d’une chaise que traînentdes Suisses et dans laquelle madame de Maintenon se mit avec madame laDauphine, puis madame la maréchale de Rochefort. Je ne vois point notrebonne d’Arpajon 1 ; lui feroit-on souffrir des dégoûts? J’en serois très-fâchée.

Madame de la Fayette s’est redonné son mal de côté en allant en carrosse àdeux pas de chez elle ; elle pleure et regrette ce pauvre M. Valan, qui étoit, dit-elle, son médecin, son confesseur et son ami. Mais ne me trouvez-vous pasbien raisonnable de vous entretenir des nouvelles de Paris? Je ne savois pas quela Trousse fût à un camp sur la Saône 5 . Mon fils est à Rennes ; je lui ai envoyéla feuille qui est pour lui. Le petit Coulanges m’a mandé je ne sais quoid’un très-bon dîner qu’il a fait chez vous, où étoient, ce me semble, deuxPro-vençales et M. de Lamoignon. Il faut toujours me dire ces sortes de débauches.Je serai ravie de voir ces bons Chaulnes et le petit Coulanges; mais je vous

1 Cette fête fut donnée par le marquis de Seignelay dans les jardins de Sceaux, récemmentplantés sur les dessins de Lenôtre. On exécuta le poème de Racine sur ta paix, qu'il appelaune idylle, mais qui est une véritable cantate : rien de plus brillant que la fête de Sceaux, cellede Vaux, que vingt-cinq ans auparavant on avait tant admirée, n’était, disait-on, qu'une fêtede village auprès de celle-là.

2 Madame d’IIeudicourt était devenue très-laide pendant son exil. Elle était si changéi, quemadame de Cavlus dit dans ses Souvenirs « qu'on ne pouvoit pas s’imaginer qu’elle eut étébelle. »

5 Marie-Albertine, demoiselle de Poitiers, était fille d’honneur de Madame.

4 Catherine-Henriette d'Harcourt de Beuvron, duchesse d’Arpajon, dame d’honneur de madame la Dauphine.

5 II commandait sur la Saône un camp de dix mille chevaux.

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