LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNE
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assure que, si je n’étois pas en état d’y aller, je n’irois pas: car je ne souhaiteau monde que de guérir, alin de partir dans le très-petit commencement deseptembre. C’est vous, ma très-chère, qui réglerez ce jour bienheureux sui-vant vos affaires de la cour. Je suis persuadée que vous serez à Fontaine-bleau jusqu’au voyage de Chambord. A propos, notre coadjuteur sera-t-ilarchevêque d’Aix? On me le mande.
Votre frère ne pense pas à quitter sa maison; ses affaires ne lui permet-tent point de songer à Paris de quelques années. Il est dans la fantaisie depayer toutes ses dettes; et, comme il n’a point de fonds extraordinaires pourcela, ce n’est que peu à peu sur ses revenus; cela n’est pas sitôt fait. Quantà moi, je n’aspire point à tout payer ; mais j’attends un fermier qui me doitonze mille francs et que je n’ai pu encore envisager, et rien ne m’arrêterapour être fidèle au temps que je vous ai promis, n’ayant pas moins d’im-patience que vous de voir la fin d’une si triste et si cruelle absence. 11 fautpourtant rendre justice à l’air des Rochers ; il est parfaitement bon, ni haut,ni bas, ni approchant de la mer. Ce n’est point la Bretagne, c’est l’Anjou,c’est le Maine à deux lieues d’ici. Ce n’étoit pas une affaire de me guérir, siDieu avoit voulu que j’eusse été bien traitée.
Je ne souhaite nulle prospérité à M. de Montmouth; sa révolte me déplaît.Ainsi puissent périr tous les infidèles à leur roi 1 !
A LA MÊME
Aux Rochers, dimanche 20 août 1685.
Que vous semble du vingt-six, ma chère enfant? Il est encore meilleur quevotre vingt-deux, et vous verrez comme tout le reste ira bien, s’il plaît à Dieu ;s’il plaît à Dieu, car c’est là toute l’affaire. Dites-moi précisément le jour quevous irez à Bâville, afin que j’arrive le lendemain. Ne venez point plus loin,reposez-vous, laissez-moi arriver, et ne vous fatiguez point. Si vous doutiez dema sincère et parfaite joie, je douterois de la vôtre : ne nous offensons point ;rendons-nous justice l’une à l’autre. Pour moi, de peur de troubler mon sang,je ne veux rien envisager dans l’avenir qui puisse me déplaire. Je veux voir la
* Le duc de Montmouth fut décapité du 26 juillet, trois jours après In date de cette lettre.11 était fds naturel de Charles II, sous le règne duquel il avait conspiré plusieurs fois, et Iuî-mcinc avait mis à prix la tèto de Jacques II.