LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
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de ces basses-tailles, eide devises au-dessous, qui parlent de tous les temps desa vie. Celui de sa liaison avec les Espagnols est exprimé par une nuit obscure,où trois mots latins disent : Ce qui s'est fait loin du soleil doit'être caché. Toutest semé de fleurs de lis d’une couleur sombre, et au-dessous une petite lampequi fait dix mille petites étoiles. J’en oublie la moitié : mais vous aurez le livre,qui vous instruira de tout en détail. Si je n’avois point eu peur qu’on nevous l’eût envoyé, je l’aurois joint à cette lettre ; mais ce duplicata ne vousauroit pas fait plaisir.
Tout le monde a été voir cette pompeuse décoration. Elle coûte cent millefrancs à M.. le Prince d’aujourd’hui ; mais cette dépense lui fait bien de l’hon-neur. C’est M. de Meaux qui a fait l’oraison funèbre : nous la verrons im-primée, Voilà, mon cher cousin, fort grossièrement, le sujet de la pièce. Sij’avois osé hasarder de vous faire payer un double port, vous seriez pluscontent.
Je viens de voir un prélat qui étoit à l’oraison funèbre. Il nous a dit queM. de Meaux s’étoit surpassé lui-même, et que jamais on n’a fait valoir ni misen oeuvre si noblement une si belle matière. J’ai vu deux ou trois fois iciM. d’Autun (M. de Roquette). Il me paroît fort de vos amis; je le trouve très-agréable, et son esprit d’une douceur et d’une facilité qui me fait comprendrel’attachement qu’on a pour lui quand on est dans son commerce. Il a eu desamis d’une si grande conséquence, et qui l’ont si longtemps et si chèrementaimé, que c’est un titre pour l'estimer, quand on ne le connoîtroit pas parlui-même. La Provençale vous fait bien des amitiés; elle est occupée d’unprocès qui la rend assez semblable à la comtesse de Pimbêche. Je me réjouisavec vous que vous ayez à cultiver le corps et l’esprit du petit de Langlieac.C’est un beau nom à médicamenter, comme dit Molière ; et c’est un amuse-ment que nous avons ici tous les jours avec le petit de Grignan. Adieu, moncher cousin; adieu, ma chère nièce. Conservez-nous vos amitiés, et nous vousrépondons des nôtres. Je ne sais si ce pluriel est bon : mais, quoi qu’il ensoit, je ne le changerai pas. ‘
AU MÊME
A Pnri?, co 25 avril 1687.
Je commence ma lettre aujourd’hui, et je ne l’achèverai qu’après avoir en-tendu demain l’oraison funèbre deM. le Prince, par le P. Bourdaloue. J’ai vuM, d’Autun, qui a reçu votre lettre et le fragment de celle que je vous écrivois.