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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉ VIGNE

que, malgré l'horreur de sa vie à l’égard de Dieu, il n’avoit jamais senti la Toiéteinte dans son cœur; qu’il en avoit toujours conservé les principes; et celasupposé, pareeque le prince disoit vrai, il rapporte à Dieu sesvcrtusmême mo-rales, et ses perfections héroïques, qu’il avoit consommées par la sainteté de samort. Il a parlé de son retour à Dieu depuis deux ans, qu’il a fait voir noble, grandet sincère ; et il nous a peint sa mort avec des douleurs ineffaçables dans monesprit et dans celui de l’auditoire, qui paroissoit pendu et suspendu à tout cequ’il disoit, d’une telle sorte qu’on ne respiroit pas. De vous dire de quels traitstout cela étoit orné, il est impossible, et je gâte môme cette pièce par la gros-sièreté dont je la croque. C’est comme si un barbouilleur vouloit toucher à untableau de Raphaël. Enfin, mes chers enfants, voilà ce qui vous doit toujoursdonner une assez grande curiosité pour voir cette pièce imprimée. Celle deM. de Meaux l’est déjà. Elle fort belle et de main de maître. Le parallèle deM. le Prince et de M. de Turennc est un peu violent 1 ; mais il s’en excuseen niant que ce soit un parallèle, et en disant que c’est un grand spectaclequ’il présente de deux grands hommes que Dieu a donnés au roi, et tire deà une occasion fort naturelle de louer Sa Majesté, qui sait se passer de cesdeux grands capitaines, tant est fort son génie, tant ses destinées sont glo-rieuses. Je gâte encore cet endroit; mais il est beau. Adieu, mon cousin; jesuis lasse, et vous aussi. Je t’embrasse, ma nièce, et ton petit de Langheac.

AU MEME

A Taris ce 2 septembre 1687.

Je viens de recevoir vos lettres de Cressia, mon cher cousin, qui m’ontdonné quelque consolation, car je suis accablée de tristesse ; j’ai vu mourirdepuis dix joursmon cher oncle : vous savez ce qu’il étoit pour sa chère nièce.Il n’y a point de bien qu’il ne m’ait fait, soit en me donnant son bien tout en-tier, soit en conservant et rétablissant celui de mes enfants. Il m’a tirée del’abîme où j’étois à la mort de M. de Sévigné : il a gagné des procès ; il a remistoutes mes terres en bon état ; il a payé nos dettes ; il a fait la terre où demeuremon fils la plus jolie et la plus agréable du monde ; il a marié mes enfants ; enun mot, c'est à ses soins continuels que je dois la paix et le repos de ma vie.Vous comprenez bien que de si sensibles obligations et une si longue habitude

1 II parait que la cour avait trouvé mauvais que Bossuet eut mis à côté et comme au niviaud'un prince du sang un gentilhomme, même un Bouillon. C'est cela qu'on appelait un parallèleviolent. Nous trouvons aujourd’hui tout eda un peu étrange; mais tel était l’esprit du temps.