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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNE

MO

vais chez mesdames de la Fayette et de Lavardin ; tout cela me parle encore devous, et vous aime, et vous estime : un autre jour chez madame de Mouci, hierchez la marquise dUxelles.

Il ny a personne à Paris ; on revient le soir, on se couche ; on se lève ;ainsi la vie se passe vite, parce que le temps passe de même. Mademoisellede Mèri se trouve bien de nous, et nous delle. Nous avons l'abbé Bigorre :cest le plus commode et le plus aimable de tous les hôtes. Corbinelli est enNormandie avec le lieutenant civil (M. le Camus), jusquà la Saint-Martin.Vous ai-je dit que nous allâmes nous promener lautre jour au bois de Vin-cennes, le chevalier et moi? Nous causâmes fort; je me promenai longtemps,mais tout cela tristement; je nai pas besoin de vous dire pourquoi.

Du môme jour.

Ma lettre est cachetée, et je reçois, ma chère enfant, la vôtre du bateau audelà de Mâcon. Tout ce que vous dites de votre amitié est un charme pour moi :si je ne sentois bien de quelle manière je vous aime, je serais honteuse, etquasi persuadée que vous en savez plus que moi sur ce chapitre. Vous pouvezvous assurer que je ne quitterai Paris ni pendant le siégé de Philisbourg nipendant que le chevalier sera ici : je me trouve fort naturellement attachée àces deux choses. Ne craignez point, au reste, que je sois assez sotte pour melaisser mourir de faim : on mange son avoine tristement, mais enfin on lamange. Pour votre idée, elle brille encore et règne partout ; jamais une per-sonne na si bien rempli les lieux elle est, et jamais on na si bien profité dubonheur de loger avec vous que jen ai profité, ce me semble; nos matinéesnétoient-ellespas tropaimables? Nous avions été deux heures ensemble, avantque les autres femmes soient éveillées; je nai rien à me reprocher-dessus,ni davoir perdu le temps et loccasion dêtre avec vous ; jen élois avare, etjamais je ne suis sortie quavec lenvie de revenir, ni jamais revenue sans avoirdavance une joie sensible de vous retrouver et de passer la soirée avec vous. Jedemande pardon à Dieu de tant defoiblesses : cest pour lui quil faudrait êtreainsi. Vos moralités sont très-bonnes et trop vraies.

Madame de Vins a été en peine de son mari : elle en a reçu une lettre ; il esten sûreté présentement, U est au siège de Philisbourg : il avoil passé par desbois très-périlleux, et lon navoit point de ses nouvelles. Si lair et le bruit deGrigrian vous incommodent, allez à la Garde; je ne changerai point davis.Mille amitiés à tous vos Grignans : je suis assurée que M. de la Garde sera dunombre. Comment trouvez-vous Pauline? Quelle est heureuse de vous voir, etdêtre obligée de vous aimer!