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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉV1GNÉ

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petite contusion, qui lui fait, je vous assure, bien de lhonneur, par la manièretoute froide et toute reposée dont il la reçue. M. le chevalier vous manderacommeM. de Sainte-Maure le conta au roi : il estaccabléde compliments à Ver-sailles, et moi ici. Madame de Lavardin me pria daller hier la trouver chezmadame de la Fayette : elle vouloit sen réjouir avec moi. Madame de la Fayettemavoit priée de la même chose. Elle me dit dabord gaiement : « Eh bien,quest-ce que madame de Grignan trouvera à épiloguer-dessus? Dites-luiquelle doit être ravie ; que ce seroitune chose à acheter, si elle étoit à prix;et quen un mot elle est trop heureuse. » Je promis de vous mander tout cela,et jevousle mande avec plaisir. Recevez donc aussi toutes les amitiés sincèresde madame deLavardin, et tous les compliments de madame de Coulanges, dela duchesse de Juide, des divines *, delà duchesse de VilleroietduP. Morel 2 ,que je vis ensuite, parce que jallai chezlepauvre Saint-Aubin. Ma chère en-fant, les saints désirs de la mort le pressent tellement, quil en a précipité tousles sacrements. Le curé de Saint-Jacques ne voulut pas hier lui donner lextrême-onction, et ce fut une douleur pour lui ; car il ne souhaite que léternité, il nerespire plus que dêtre uni à Dieu. Sa paix, sa résignation, sa douceur, son dé-tachement, sont au delà de tout ce quon voit; aussi ne sont-ce pas des senti-ments humains. Le secours quil trouve dans le P. Morel et dans son curé, quisont ses directeurs, scs amis, ses gardes et ses médecins, nest pas une choseordinaire, c'est un avant-goût de la félicité. Duchêne est son médecin : cest unhomme admirable ; point de tourments, point de remèdes : Monsieur, tâchez devous humecter et prenez patience. Une chambre sans bruit, sans aucune mau-vaise odeur ; point de fièvre, quintérieure et imperceptible ; une tête libre, ungrand silence, à cause de la fluxion qui est sur la poitrine, de bons et solidesdiscours, point de bagatelles : cela est divin, cest ce quon na jamais vu. Cepauvre malade se trouve indigne de mourir à la même place 3 estmorte ma-dame de Longueville. Je contai tout cela à Tréville 4 , qui étoit chez madame dela Fayette : il me répondit : Voilà comme lon meurt en ce quartier-. Du-chêne ne croit pas que cela finisse sitôt. Mon Dieu, ma fille, que vous serieztouchée de ce saint spectacle! Je ne dis pas daffliction, je dis de consolation etdenvie. Saint-Aubin ma marqué beaucoup damitié, et à vous, sur ce petit

' Madame de Frontenac et mademoiselle d'Outrelaise.

2 Célèbre directeur de lOratoire.

3 Dans une grande maison contiguë aux Carmélites du faubourg Saint-Jacques qui avait étéoccupée par madame de Longueville, elle fit une mort très-chrétienne, le 15 avril 1679,après une pénitence do vingt-sept ans.

4 Le comte de Tréville, ou Troisville, admis dans la confidence de madame Henriette, du-chesse dOrléans; il fut si touché de sa mort, quil renonça au monde pour ne plus s'occuperque de son salut.