Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
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ii Paris. Je suis ravie quil vous aime, et plus pour lui que pour vous; car ce neseroit pas bon signe pour son esprit et pour sa raison que de vous être con-traire. Jaime Pauline : vous mêla représentez avec une jolie jeunesse et un bonnaturel ; je la vois courir partout et apprendre à tout le monde la prise de Philisbourg ; je la vois et je lembrasse. Aimez, aimez votre bile ; cest la plusraisonnable et la plus jolie chose du monde; mais aimez toujours aussi votrechère maman, qui est plus à vous quà elle-même.

M. de Bailly vient de sortir : il vous fait cent mille bredouillements, mais desi bon cœur, que vous devez lui en être obligée. Mon cher comte, encore faut-il vous dire un mot de ce petit garçon : cestvotre ouvrage que cette campagne:vous avez grand sujet dêtre content; tout contribue à vous persuader quevous avez fort bien fait. Je sens votre joie et la mienne; ce nest point pourvous flatter, mais tout le monde dit du bien de votre (ils : on vante son ap-plication, son sang-froid, sa hardiesse, et quasi sa témérité.

A LA MÊMK

A Paris, vendredi 19 novembre 1688,

Je veux suivre lhistoire sainte et tragique du pauvre Saint-Aubin. On vintme dire mercredi dernier quil avoit reçu lextrême-onction. Jy courus avec. M. de Coulanges; je le trouvai fort mal, mais si plein de bon esprit et deraison, et si peu de fièvre extérieure, que je ne pouvois comprendre quilallât mourir. Je trouvai les deux hommes admirables qui ne le quittoienlplus : on dit le Miserere; ce fut une attention marquée par ses gestes et par sesyeux; il avoit répondu à lextrême-onction, et en avoit demandé la paraphraseà M. de Saint-Jacques ; enfin, à neuf heures du soir, il me chassa, et me dit enpropres paroles le dernier adieu. Le P. Morel y demeura, et jai su quà mi-nuit le malade eut une horrible vapeur à la tête : la machine se démontait; ilvomit ensuite, comme si ceût été encore un soulagement ; il eut une grandesueur, comme une crise, ensuite un doux sommeil, qui ne fut interrompu quepar le P. Morel, qui, le tenant embrassé tandis quil répondoit toujours avecconnoissanee et dans lamour de Dieu, reçut enfin son dernier soupir, et passale reste de la nuit à le pleurer saintement et à prier Dieu pour lui. Jy fus lelendemain, qui étoit hier; il nétoit point du tout changé : il ne me fit nullehorreur, ni à tous ceux qui le virent. Cest un prédestiné; on respecte la grâcede Dieu, dont il a été comblé.

On lut son testament ; rien de plus sage, rien de mieux écrit. U fait excuse