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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNE

ali G

sans mélange daucune peine; et le mien est pesant, non pas pour votre cœur,mais pour votre santé.

.A LA MÊME

A Paris, mardi au soir, 50 novembre 1688.

Je vous écris ce soir, ma fille, parce queje men vais demain, à neuf heures,au service de notre pauvre Saint-Aubin : cest un devoir que nos saintes Car-mélites lui rendent par pure amitié. Je les verrai ensuite, et vous serez célé-brée comme vous lêtes souvent. De jirai dîner chez madame de la Fayette.

Aous me représentez fort bien votre fille aînée 1 ; je la vois, je vous prie dolembrasser pour moi ; je suis ravie quelle soit contente. Parlons de votre fils ;ah ! vous navez quà laimer tant que vous voudrez, il le mérite : tout le mondeen dit du bien, et le loue dune manière qui vous feroit plaisir ; nous latten-dons cette semaine. Jai senti toute la force de la phrase dont il sest servi pourcette estime quil faut bien qui vienne, ou quelle dise pourquoi: jen eus leslarmes aux veux dans le moment; mais elle est déjà venue, et ne dira pointpourquoi elle ne viendrait pas. La réputation de cet enfant est toute com-mencée, et ne fera plus quaugmenter. Le chevalier en est bien content, je vousen assure. Je fus dabord émue de la contusion, en pensant à ce quipouvoitarriver ; mais, quand je vis que le chevalier en étoit ravi, quand jappris quilen avoit reçu les compliments de toute la cour et de madame de Maintcnon,<jui lui répondit avec un air et un ton admirables, sur ce quil disoit que cenétoit rien : « Monsieur , cela vaut mieux que rien;» quand je me trouvaimoi-même accablée de compliments de joie, je vous avoue que tout cela men-traîne, et je men réjouis avec eux tous, et avec M. de Grignan, qui a si bienfixé et placé la première campagne de ce petit garçon. Vous ne pouviez meparler plus à propos de nos dîners et de nos soupers : je viens de souper chezle lieutenant civil avec madame de Vauvineux, labbé de la Fayette, labbéDigorre et Corbinelli. Jai soupe deux fois chez madame de Coulanges touteseule. Les Divines sontécloppées : la duchesse de Lude a été à Vcrneuil, elle estmaintenant à Versailles. Monseigneur y arriva dimanche; le roi le reçut au boisde Boulogne; madame la Dauphine, Monsieur, Madame, madame de Bourbon,madame la princesse de Conti, madame de Guise, dans le carrosse. Monseigneurdescendit, le roi voulut descendre aussi : Monseigneur lui embrassa les genoux ;

1 Marie-Blanche dArUu'mnr.