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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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sation après-demain. Ne vous repentez point dêtre honnête et adorée de tousceux qui vous voient: quand le procès ne vous auroit valu que cela, ce scroitbeaucoup. Mais il me semble que vous étiez déjà fort polie quand jétois àÀix,enfin, vous êtes trop aimable : cest une chose si peu noble que dêtre glo-rieuse, que vous navez garde de donner dans ce défaut. Un mot, sans plus;nous avons remarqué, comme vous, que ce petit marquis, avec qui noussouperons demain, a toujours été occupé de sa compagnie, et jamais pleinde lui-même : voilà ce qui sappelle le point de la perfection.

A LA MÊME

A Paris, mercredi 8 décembre 1688.

Ce petit fripon, après nous avoir mandé quil narriveroit que hier mardi,arriva comme un petit étourdi avant-hier, à sept heures du soir, que je nétoispas revenue de la ville. Son oncle le reçut et fut ravi de le voir ; et moi, quandje revins, je le trouvai tout gai, tout joli, qui membrassa cinq ou six fois detrès-bonne grâce; il me vouloit baiser les mains, je voulois baiser ses joues,celafaisoit une contestation. Je pris enfin possession de sa tête : je la baisai àmafantaisie. Jevoulusvoir sa contusion; mais, commeelleest, ne vous déplaise,à la cuisse gauche, je ne trouvai pas à propos de lui faire mettre chausses bas.Nous causâmes le soir avec ce petit compère ; il adore votre portrait ; il voudraitbien voir sa chère maman, mais la qualité de guerrier est si sévère, quon no-seroitrien proposer. Je voudrois que vous lui eussiez entendu conter négligem-ment sa contusion, et la vérité du peu de cas quil en fit, et du peu démotionquil en eut, lorsque dans la tranchée tout en étoit en peine. Au reste, ma chèreenfant, sil avoitretenu vos leçons, et quil se lût tenu droit, il étoit mort;mais, suivant sa bonne coutume, étant assis sur la banquette, il étoit pen-ché sur le comte de Guiche, avec qui il causoit. Vous neussiez jamais cru,ma fille, quil eût été si bon dêtre un peu de travers. Nous causons avec lui sanscesse, nous sommes ravis de le voir, et nous soupirons que vous navez pointle même plaisir. M. et madame de Coulanges vinrent le voir le lendemainmatin : il leur a rendu leur visite ; il a été chez M. de Lamoignon. 11 cause, ilrépond ; enfin, cest un autre garçon. Je lui ai un peu conté comment il fautparler des cordons bleus; comme il nest question dautre chose, il est bon desavoir ce quon doit dire, pour ne pas aller donner à travers des décisions natu-relles qui sont sur le bord de la langue : il a fort bien entendu tout cela. Jelm