Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
JPEG-Download
 

LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

569

ai dit queM. de Lamoignon, accoutumé au caquet du petit Broglio 1 , nesac-commoderoit pas dun silencieux; il a fort bien causé: il est, en vérité, fortjoli. Nous mangeons ensemble; ne vous mettez point en peine, le chevalierprend le marquis, et moi M. du Plessis, et cela nous fait un jeu. Versailles nousséparera, et je garderai M. du Plessis. Japprouve fort le bon augure davoir étépréservé par son épée.

Au reste, ma très-chère, si vous aviez été ici, nous aurions fort bien pu allerà Livry : jen suis, en vérité, la maîtresse comme autrefois 2 ; je vous remerciedy avoir pensé. Je me pâme de rire de votre sotte bête de femme, qui ne peutpas jouer que le roi dAngleterre nait gagné une bataille : elle devroit êtrearmée jusque- comme une amazone, au lieu de porter le violet et le blanc,comme jen ai vu.

Pauline nestdoncpasparfaite?tantmieux, vous vous divertirez à la repétar.Menez-la doucement : lenvie de vous plaire fera plus que toutes les gronderies.Toutes mes amies ne cessent de vous aimer, de vous estimer, de vous louer;cela redouble lamitié que jai pour elles. Jai mes poches pleines de compli-ments pour vous. Labbé de Guénégaud sest mis ce matin à vous bégayer uncomplimenté un tel excès, que je lui ai dit : « Monsieur labbé, finissez donc sivous voulez quil soit achevé avant la cérémonie 3 4 . » Enfin, ma chère enfant, ilnest question que de vous et de vos Grignans. Jai trouvé, comme vous, lemois de novembre assez long, assez plein de grands événements ; mais je vousavoue que le mois doctobre ma paru bien plus long et plus ennuyeux ; je nepouvois du tout maccoutumer à ne point vous trouver à tout moment. Cetemps a été bien douloureux ; votre enfant a fait de la diversion dans le moispassé. Enfin, je ne vous dirai plus : Il reviendra, vous ne le voulez pas : vousvoulez quon vous dise : Le voilà. Oh! tenez donc, le voilà lui-même en per-sonne.

I.E MARQUIS DE GR1CHAN

Si ce nest lui-même, cest donc son frère, ou £ien quelquun des siens'*.Me voilà donc arrivé, madame, et songez que jai été voir de mon chefM. deLamoignon, madame de Coulanges et madame de Bagnols. Nest-ce pas lac-

1 Le fils aîné de Yictor-Maurice, comte de Broglio, maréchal de France, tué au siège deCharleroi eu 1693.

2 Le roi l'avait donné à M. Seguier, ancien évêque de Nîmes.

5 C'est-à-dire avant le T !r de Lan 1689.

4 Allusion à la fable le Loup et l'Agneau.