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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉV1GXÉ

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lion dun homme qui revient de trois sièges? Jai causé avecM. de Lamoignonauprès de son ièu; jai pris du café avec madame île Bagnols ; jai été coucherchez un baigneur : autre action de grand homme. Vous ne sauriez croire lajoie que jai davoir une si belle compagnie : je vous en ai lobligation : je liraivoir quand elle passera à Châlons. Voilà donc déjà une bonne compagnie, unbon lieutenant, un bon maréchal des logis. Pour le capitaine, il est encorejeune, mais jen réponds. Adieu, madame, permettez-moi devons baiser lesdeux mains bien respectueusement.

MADAME DE SÉV1GNÉ A MADAME DE GitlGNAX

A Paris, vendredi 10 décembre 1688.

Jenerépondsàrien aujourdhui; car vos lettres ne viennent que fort tard, et cestle lundi que je réponds à deux. Le marquis est un peu crû ; mais ce nest pasassez pour se récrier. Sa taille ne sera pas comme celle de son père, il ny fautpas penser; du reste, il est fort joli, répondant bien à tout ce quon lui de-mande, et comme un homme de bon sens, et comme ayant regardé et voulusinstruire dans sa campagne. 11 y a dans tous ses discours une modestie etune vérité qui nous charment. M. du Plessis est fort digne de lestime que vousavez pour lui. Nous mangeons tous ensemble fort joliment, nous réjouissantdes entreprises injustes que nous faisons quelquefois les uns sur les autres.Soyez en repos sur cela, ny pensez plus, et laissez-moi la honte de trouverquhm roitelet sur moi soit un pesant fardeau 1 . Jen suis affligée ; mais il fautcéder à la grande justice de payer ses dettes, et vous comprenez cela mieux quepersonne; vous êtes même assez bonne pour croire que je ne suis pas naturel-lement avare, et que je nai pas dessein de rien amasser. Quand vous êtes ici,ma chère bonne, vous parlez si bien à votre fils, que je nai quà vous admirer;mais, en votre absence, je me mêle de lui apprendre les manèges des conversa-tions ordinaires, quil est important de savoir; il y a des choses quil ne fautpas ignorer. Il seroit ridicule de paroître étonné de certaines nouvelles sur quoilon raisonne; je §uis assez instruite de ces bagatelles. Je lui prêche fort aussilattention à ce que les autres disent, et la présence desprit pour lentendrevite et y répondre : cela est tout à fait capital dans le monde. Je lui parle desprodiges de présence desprit que üangeau nous contoit lautre jour; il les

1 Allusion a la fable le Chêne et le Roseau.