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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNE

M 0

cette lettre tout en lair et qui ne signifie rien; ne vous amusez point à yrépondre. Conservez-vous, ayez soin de votre poitrine.

AU COMTE DE BUSSY

A Paris, le jour des Rais 1689.

Je commence par vous souhaiter une heureuse année, mon cher cousin :cest comme si je vous souhaitais la continuation de votre philosophie chré-tienne ; car cest ce qui fait le véritable bonheur. Je ne comprends pas quonpuisse avoir un moment de repos en ce monde, si lon ne regarde Dieu et savolonté, par nécessité 1 faut sc soumettre. Avec cet appui, dont on nesauroit se passer, on trouve de la force et du courage pour soutenir les plusgrands malheurs. Je vous souhaite donc, mon cousin, la continuation de cettegrâce, car cen est une, ne vous y trompez pas; ce nest point dans nous quenous trouvons ces ressources. Je neveux donc plus repasser surtout ce que vousdeviez être et que vous nètes pas : mon amitié pour vous et pour moi nena que trop souffert; il ny faut plus penser. Dieu la voulu ainsi, et je sou-scris à tout ce que vous me dites sur ce sujet. La cour est toute pleine decordons bleus ; on ne fait point de visites quon nen trouve quatre ou cinqà chacune. Cet ornement ne sauroit venir plus à propos pour faire honneur auroi et à la reine dAngleterre, qui arrivent aujourdhui à Saint-Germain. Cenest.point àVincennes, commeon disoit. Ce sera justement aujourdhui la véritablefête des rois, bien agréable pour celui qui protège et qui sert de refuge, etbien triste pour celui qui a besoin dun asile. Voilà de grands objets et degrands sujets de méditation et de conversations. Les politiques ont beaucoup àdire. On ne doute pas que le prince dOrange nait bien voulu laisser échapperle roi, pour se trouver sans crime maître dAngleterre; et le roi, de son côté, aeu raison de quitter la partie plutôt que de hasarder sa vie avec un parlementqui a fait mourir le feu roi son père, quoiquil fût de leur religion. Voilà de sigrands événements, quil nest pas aisé den comprendre le dénoûment, sur-tout quand on a jeté les yeux sur létat et sur les dispositions de toute lEurope.Cette même Providence qui règle tout démêlera tout; nous sommes ici desspectateurs très-aveugles et très-ignorants. Ce second tome de M. de Lauzunest fort beau et digne du premier ; il a eu lhonneur dêtre enfermé une heureavec le roi. Mademoiselle en est très-fâchée, et demande qu'au moins il ne setrouve pas elle sera, je ne sais si on fera bien attention à sa colère. Il vau-