rr,0 J.KTTHKS DE MADAME DE SÉVIGHÊ
lui. Je saurai comme il se sera comporté par M. yle la l avette, qui y prend
intérêt.
M. d’A vaux 1 vint me voir avant-hier ; nia lettre étoit déjà fermée. Il me parlafort de vous, vous honorant et vous aimant quasi autant qu’à Livry. lime de-manda si vous aviez reçu votre cordon bleu ; je lui dis que vous ne l’aviez pasle 10 : il me dit que les autres l’avoient, et que, comme on oublioit beaucoupde choses, il alloit mettre quelque ordre à ce retardement; qu’il seroit ravid’avoir à vous en rendre compte, et de se servir de cette occasion pour vousfaire son compliment. Je suis fort aise qu’il ait pris ce soin : s’il est inutile,tant mieux; s’il ne l'est pas, tant mieux.
Madame de Chaulnes me mena hier à la noce de madame de la Ferté. J’y fusà cause de madame de Mirepoix 2 ; mais elle n’y étoit pas. Ils sont déjà commebrouillés ; et la veille on disputoit encore, parce que l’argent comptant n’étoitpas encore arrivé. J’y trouvai le marié et cette enfant de douze ans, qui esttoute disproportionnée à ce roi d’Ethiopie. C’est un mariage tellement im-prouvé, que je crois qu’on ne verra plus la mère. La duchesse de la Ferté leurtombera sur les bras ; elle l’a bien compté ainsi. Elle dit qu’elle s’est épuisée,qu’elle n’a plus que dix mille livres de rentes ; qu’elle a voulu un gendre pourelle, qu’elle s’est mariée à son gendre ; et ne finit point de parler sur ce ton.
Nous fûmes hier chez la marquise de Coislin, qui a perdu sa mère, la vieilled’Alègre. Nous fûmes chez l’amie de mademoiselle deGrignan : on voit à cetteheure les affligés; la cruelle model et puis nous vîmes Mademoiselle, qui megronda de ne l’avoir point vue ; j’aime bien à ne point me mêler dans ses im-pétuosités. Adieu, ma chère enfant ; ne redoublez point vos peines, redoublezseulement votre courage et vos bonnes résolutions.
Du même jour, à sept heures du soir.
Voilà votre lettre. Le même temps qui glace votre Rhône et votre Durancenous a fait un miroir de la Seine : il nous a transis, et a tellement gâté nos rues,que j’ai été huit jours sans sortir, si ce n’est pour faire des visites avec madamede Chaulnes, aux dépens de ses chevaux : les miens ne vouloient pas se soute-nir, et je ne leur ai rien proposé. J’élois souvent dans la chambre de M. lechevalier, qui se porte assez bien, et qui compte aller à Versailles après levoyage de Marly; mais il le faut dire tout bas, car, si la goutte l’entend, elle
* Antoine de Mesme, comte d’Àvaux, prévôt et maître des cérémonies des ordres du roi.- Madeleine du Puv-du-Fou, sœur de la seconde femme deM. deGrignan.