LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
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s’y opposera. Ce mauvais temps, qui devient plus douK aujourd’hui, a retardénos lettres de vingt-quatre heures.
Madame de Maintcnon va faire jouer Esther à ses petites filles. Vous êtestrop plaisante d’avoir lu en public ma relation des chevaliers ; vous faites demoi et de mes lettres tout ce que vous voulez. Adieu, ma très-aimable, je suiscomme vous m’avez laissée, hormis qu’au lieu d’avoir tous les jours une joiesensible et nouvelle de vous voir dans cette maison, je soupire souvent bientendrement et bien douloureusement de ne plus vous y trouver. Je me doutoisbien que vous seriez de notre avis sur votre frère.
A LA MÊME
A Paris, lundi Vk janvier 1689.
Enfin votre Durance a laissé passer nos lettres ; de la furie dont elle court, ilfaut que la glace soit bien habile pour l’attraper et pour l’arrêter. Nous avonseu de cruels temps et de cruels froids, et je n’en ai seulement pas été enrhumée.J’ai gardé plusieurs fois la chambre de M. le chevalier ; et, peur parler commemadame de Coulanges, il n’y avoit que lui qui fût à plaindre de la rigueur de lasaison : mais je vous dirai plus naïvement qu’il me semble qu’il n’étoit pointfâché que j’y fusse. Voilà le dégel ; je me porte si bien que je n’ose me purger,parce que je n’ai rien à désirer, et que cette précaution me paroît une ingrati-tude envers Dieu. M. le chevalier n’a plus de douleurs, mais il n’ose encorehasarder Versailles. 11 faut que je vous dise un mot de madame de Coulanges,qui me fit rire et me parut plaisant. M. de Barillon est ravi de retrouver toutesses vieilles amies ; il est souvent chez madame de la Fayette et chez madamede Coulanges. Il disoit l’autre jour à cette dernière : «Ah! madame, que votremaison me plaît! j’y viendrai bien les soirs, quand je serai las de ma famille.— Monsieur, lui dit-elle, je vous attends'demum, » Cela partit plus vite qu’untrait, et nous en rîmes tous plus ou moins.
Votre enfant fut hier au soir au bal chez M. de Chartres ; il éloit fort joli ; ilvous mandera ses prospérités. U ne faut point, au reste, que vous comptiez surses lectures ; il nous avoua hier tout bonnement qu’il en est incapable présen-tement; sa jeunesse lui fait du bruit, il n’entend pas. Nous sommes affligésqu’au moins il n’en ait point d’envie ; nous voudrions que ce ne fût que le tempsqui lui manquât, mais c’est la volonté. Sa sincérité nous empêcha de le gron-der ; je ne sais ce que nous ne lui dîmes point, le chevalier et moi, et Corbi-