LETTRES DK MADAME DE SÉVIGNÉ
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semble que je l’aime trop, et que vous ne l’aimez pas assez vous voudriezqu’elle fût parfaite ; avoit-elle gagé de l’ètre au sortir de son couvent? Vousn’ètes point juste : et qui est-ce qui n’a point de défauts? En conscience, vousattendiez-vous qu’elle n’en eût point? Où preniez-vous cette espérance? Cen’étoit pas dans la nature. Vous vouliez donc qu’elle fût un prodige prodigieux,comme on n'en voit point? Il me semble que sij’étois avec vous, je lui rendraisde grands offices, rien qu’en redressant un peu votre imagination et en vousdemandant si une petite personne qui ne songe qu’à plaire et à se corriger,qui vous aime, qui vous craint, et qui a bien de l’esprit, n’est pas dans lerang de tout ce qu’il y a de meilleur. Voilà ce que mon cœur a voulu vousdire de ma chère Pauline, que j’aime et que je vous prie d’embrasser tout àl’heure pour l’amour de moi.
Cette vie, quoiqueagréable, vous aura fatiguée : en voilà trop pour vous, machère tille; vous vous couchiez tard, vous vous leviez matin ; j’ai eu peur pourvotre santé. Ce qui fait que je ne vous parle pas de la mienne, c’est qu’elle estcomme je souhaite la vôtre, et que je n’ai rien à dire sur ce sujet.
Vous songez toujours à moi trop obligeamment : vos raisonnements sont bonssur mon voyage de Bretagne, j’y penserai; et, si madame de Chaulncs n’y alloitpoint, car que sait-on? il faut voir comme on réglera tous les commandements ;si donc elle n’y alloit pas, je m’en irais, moi, de mon chef, à Nantes, où jeferois venir l’abbé Charrier. 11 n’est plus possible de laisser cette terre dans ledésordre où elle est tombée. Nous avons du temps pour le moins jusqu’à Pâ-ques : on ne songe point à partir le carême. Nous avons soupé dimanche der-nier, comme je crois vous l’avoir dit, chez le civil (M. le Camus), où vous nefûtes pas oubliée; le lundi, ce fut chez M. de Lamoignon, avec Coulanges etl’abbé Bigorre, en familiarité ; mardi, chez madame de Coulanges, avec ma-dame de Chaulncs et les Divines, en toute liberté, retirées à onze heures. Cematin, la messe des Cendres, écrire en repos à sa chère tille : voilà la vie devotre pauvre maman.
A LA MÊME
A Paris, vendredi 4 mars 1689.
Il nous prend une inquiétude, à M. le chevalier et à moi, depuis que noussavons l’heure que vous recevez nos lettres ; c’est de comprendre, ma chèreenfant, que puisque vous les lisez avant de vous coucher, nous vous empêchonstendrement de dormir trois fois la semaine. Avouez-nous la vérité : quand vous