LETTRES DE MADAME DE SE VIGNE 615
Si \ous eonnoissie&le don de .Dieu /Je rue souviens de la beauté de ce sermon l .J’en entendis un beau ce jour-là du père Soanen; la Samaritaine ne fut pointdéshonorée : quelle douleur de la voir défigurée par des prédicateurs indignes !cela m’afflige.
Adieu, très-chère et très-aimable ; ne vous amusez point à répondre à toutecette causerie.
A LA MÊME
A Paris, mercredi G avril 1689 ✓
Je vous avertis, ma chère enfant, de la part de madame de la Fayette et detoute la nombreuse troupe des vaporeux, que les vapeurs d épuisement sontles plus dangereuses et les plus difficiles à guérir. Après cela, épuisez-vous,jouez -vous à n’oser plus baisser la tête sans dou leur, et forcez-vous, malgré elle,à écrire et à lire, et vous trouverez bientôt que vous ne serez plus bonne à rien,car on devient une femme de verre. Comme ce mal ne vient que de l’excès devos écritures, retranchez-les donc si vous nous aimez, mettez-vous sur votrelit de repos quand vous aurez envie de causer, et faites écrire Pauline ; elle ap-prendra à penser et à tourner ses pensées : vous vous conserverez, et nouscauserons ainsi avec vous, sans qu’il vous en coûte rien.
Je voudrais que vous eussiez été saignée : quel inconvénient y trouveriez-vous? Cela vous eût débouché les veines, cela eût donné du jeu et de l’espaceà votre sang ; mais vous ne voulez pas. Cette chère pervenche pouvoit faire desmerveilles dans cet état : je suis ravie que vous l’ayez trouvée à votre point ; ondiroit qu’elle est faite pour vous. Quand vous redevîntes si belle, on disoit:« Mais sur quelle herbe a-t-elle marché? » Je répondois : « Sur de la. per-venche. » Je ne sais encore pourquoi vous vous êtes précipitée, ces jourssaints, d’aller à Grignan sans votre mari.
Rien n’étoit si joli que d’être à Sainte-Marie , et de n’ètre point sitôt danscette poudre et ces bâtiments de Grignan. Il me semble, à vous entendre, que.M. d’Arles y soit. J’ai trouvé ce nom, pour ne dire ni M. le coadjuteur niM. l’archevêque ; il y a bien de l’invention à cette découverte. Disons encore unmot de notre victoire du grand conseil : elle nous a donné une bonne opinionde nos conduites. Pour dire le vrai, le succès a étéjoli et galant ; tout étoit vif :c’étoit un ouvrage couronné que nous emportions l’épée à la main. Il n’y a que
1 Si scires donurn Del , texte du sermon do Bourdaloue sur la grûcei