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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

Nous allons lundi aux Rochers, pour nous reposer un peu ; mon (ils en a unevraie envie, sa femme en a besoin, et moi, je ne respire que les bois des Ro-chers. Nous disons que nous en reviendrons à tout moment ; Dieu conduira nospensées et nos projets.

Je viens de lire une jolie lettre que m’en voie mademoiselle Dcseartes; faites-yrépondre par Pauline, et faites honneur à M. Descartes et à la religion : commeil faut nécessairement un miracle, il est aisé de le placer selon les besoins quevous en aurez. Je ris quelquefois de l’amitié que j’ai pour mademoiselle Des-cartes ; je me tourne naturellement de son côté, j’ai toujours des affaires àelle : il me semble qu’elle vous est de quelque chose, du côté paternel deM. Descartes 1 ; et dès là je tiens un petit morceau de ma chère fille.

Adieu, ma très-chère et très-aimable, portez-vous bien, et songez queje suisen parfaite santé. L’écriture de Pauline est devenue toute jolie ; elle visoit sansvous aux pieds de mouche : ce ne sera pas le seul bien que vous lui ferez. Jesuis affligée de n’avoir point gardé M. le chevalier dans ses derniers maux :il me paroît qu’il va suivre vos conseils et ceux de M. de Louvois ; il ira auxeaux, et il fera fort bien. Notre marquis est toujours trop aimable.

A LA MEME

Aux Rochers, mercredi 1 er juin 1689.

Pauline est trop heureuse d’être votre secrétaire; elle apprend, comme jevous ai dit, à penser, à tourner ses pensées, en voyant comme vous lui faitestourner les vôtres ; elle apprend la langue française, que la plu part des femmesne savent pas ; vous prenez la peine de lui expliquer des mots qu’elle n’enten-droit jamais; et, en l’instruisant de tant de choses, vous faites si bien, qu’ellesoulage votre tète et la mienne, car mon esprit est en repos quand vous vêtes: l’ennui de dicter n’est point comparable à la contrainte d’écrire. Conti-nuez donc une si bonne instruction pour votre fille, et un si grand soulage-ment pour vous et pour moi.

Quand vous êtes persuadée de la perfection de ma santé, vous en faites toutce qu’on en peut faire, qui est de craindre qu’elle ne puisse devenir mauvaise.J’y pense quelquefois, et, ne me trouvant plus aucune des petites incommo-dités que vous connoissez, je dis avec étonnement : « II faut pourtant s’at-

1 On sait que madame de Grignan appelait Descartes son père.