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LETTRES DE MADAME I)E SÉVIGNÊ
nimable ville, que vous eussiez un hiver à passer en Provence, il seroit biendoux que ce fût sous un si beau soleil. M. de Caderousse en fait l’éloge par lavie qu’il y retrouve. La tille de madame de Castries est tout à fait jolie, etmadame de... très-aimable, et chantant comme un ange.
La bassette m’a fait peur : c’est un jeu traître et empêtrant; cent pistolesy sont bientôt perdues, et votre voyage doit vous coûter assez sans cette aug-mentation. Mais voyez, je vous prie, quelle rage de n’avoir jamais pu metaire sur Avignon, ni sur vos grandeurs.
Mon tils doit aller à Rennes prendre les ordres de M. de Chaulnes, pour as-sembler et faire marcher ces nobles régiments. Il reviendra passer ensuite quel-ques jours avec nous ; et puis, sans aucun péril, à douze ou quinze lieues d’ici,il s’en ira tenir une grande table ; voilà le malheur. M. et madame de Chaulness’en vont à Saint-Malo. Corbinelli m’a fait rire des raisons qu’il vous a donnéesde ne vous avoir point écrit : un désir extrême de vous écrire, joint à milleoccasions, et une persuasion très-forte qu’il le devoit. Vous seriez bien difficilesi vous ne vous rendiez à de si bonnes raisons. Il me mande que M. de Soissons 1attaque vivement M. Descartes, sans autre raison que de plaire à M. de Mon-tausier, car on prétend qu’il n’entend pas ce qu’il improuve. Mademoiselle Des-cartes en est fort indignée, après les compliments infinis qu’elle a reçus de luià Paris, sur les éloges dus à son oncle et à l’immortalité de son nom ; il y aurades gens qui répondront. «Comment! dit Corbinelli, un homme qui attaquele jugement de M. le Prince, de madame de Grignan et de M. de Vardes! »
Je vous embrasse, ma chère belle ; vous avez été dans un grand mouve-ment, tranquillisez-vous, je vous en prie : pour moi, je suis dans une tellerègle, dans une si parfaite santé, que je ne comprends point ce que Dieuveut faire de moi. Je lis le traité De la soumission à sa volonté*, qui m’esttoujours nouveau, et que je trouve toujours admirable. Qu'on est heureuxd’aimer à lire! J’ai écrit au marquis. Il n’y a point de bien qu’on ne disede ce petit compère. Mille amitiés à tout ce qui vous environne. Êtes-vous là,monsieur le chevalier? n’êtes-vous point fatigué du voyage?
’ Pierre-Daniel Huet, évêque de Soissons, puis d’Àvranches, était un des plus savants hommesde son temps et un très-bel espx’il. M. le duc de Montausier, gouverneur de Louis, Dauphin deFrance, fdsde Louis XIV, l'avait fait choisir pour être sous-précepteur de ce prince,
2 C'estle second traité du premier tonie des Essai de morale.