Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
JPEG-Download
 

LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

637

Tort grande, et jentends son château : il faudra passer cet endroit- du mieuxque lon pourra, et dire tout le reste, qui est fort bon. Je serois ravie de servirce bon et honnête homme, qui me paroît de vos amis. Il me semble quil veut sedépayser et marier son fils dans notreBretagne. Jy ferai de mon mieux, et moufils aussi, dès que vous maurez répondu sur ce mémoire et que je croiraivous faire plaisir. En voilà assez pour aujourdhui, ma chère comtesse; vousavez trop bonne compagnie pour lire et pour écrire de si longues lettres.

A LA MÊME

Aux IL eliers, mercredi 15 juin 1689.

Quelle diflérence, ma chère comtesse, de la vie que vous faites à Avignon,tout à la grande, toute brillante, toute dissipée, avec celle que nous faisons ici,toute médiocre, toute simple, toute solitaire! Cela est dans lordre, et danslordre de Dieu, et je ne saurois croire que, quelque coin danachorète que vousayez, ces honneurs et ces respects sincères, par des gens de qualité et demérite, puissent vous déplaire ; jaurois peine à le croire, quand vous le diriez.En vérité, il nest point naturel de ne point aimer quelquefois des places quisont au-dessus des autres. Quand je lis, dans la vie de ce vieux duc dÉpernon,quelles douleurs il eut dêtre forcé à quitter son beau gouvernement de Pro-vence, toutes ces belles villes , dit lhistorien, si grandes , si considérables ;combien M. de Guise sen trouva honoré et content, quelle marque ce lut desa paix sincère avec le roi, quelle joie il avoit dy être aimé et honoré, jecomprends que Dieu vous ayant donné la même place avec tous les agré-ments, toutes les distinctions et les marques de confiance que vous avezencore, en vérité il ny aurait pas de raison ni de sincérité à trouver quecest la plus ridicule et la plus désagréable chose du monde.

Je pense que tout ce qui doit donner du chagrin, ce sont les affaires domes-tiques et les dissipations cruelles ; car, du reste, si on peut conserver un telmorceau à ce joli petit capitaine, cest le mettre dans une belle place. Je vousvois dans une dépense si violente, que si cétoit pour plus longtemps, je vousdirois, comme à madame de Chaulnes : « Vous me paroissez dans un bac dontla cor de est rompue. » Mais voilà qui est fait; vous êtes présentement dans votrechâteau,, quoique vous nayez guère plus de temps à vous, vous ne serez pasdans un terrible tourbillon : à la longue on ny durerait pas ; il faut se reposerde toute manière : cependant, si on pouvoit régler la dépense dans cette