Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
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L K T T H ES DE MADAME DE SÉVI G.

H U

Madame de Lavardin me mande quelle dit à madame de Bussy, au sujet duprocès de Chabrillant, que cette dernière compte gagner : « Vous avez toujoursde grandes espérances ; mais un de vos amis, très-liabile, nen juge pas ainsi. Ab ! dit-elle, cest M. de Fieubet ; mais je' ne len crois pas. » Et puis ma-dame de Lavardin me dit que cest Al. dArles qui aura lhonneur de la requêtecivile. Il sollicite donc; mais je ne voudrais pas, ce me semble, sollicitertambour battant dans une chambre lon est persuadé que vous navez quetrop de crédit.

Nous faisons ici, ma chère comtesse, la vie que je vous ai représentée : il fa ilun temps charmant. Nous sommes tellement parfumés les soirs de jasmins etde fleurs dorange, que par cet endroit je crois être en Provence. AJ. et ma-dame de Chaulnes mécrivent de Saint-Afalo, et me parlent toujours de vous.Ecrivez à la Troche ; elle ne se console point de votre oubli : je ne comprendscomment cela sest passé, car vous êtes ponctuelle; il ne serait paspossible que je ne vous eusse point mandé la mort de son mari 1 : ainsi, jat-tends votre réponse.

A LA MÊME

Aux Rochers, tlimnnchc 17 juillet 1689.

Votre vie me fait plaisir à imaginer, ma chère comtesse, jen réjouis mesbois.Quelle bonne compagnie! quelbeau soleil! et quavec une sibonnesociétéil est aisé de chanter : On entend souffler la bise , eh bien ! laissons-la souffler !Vous souffririez plus patiemment la continuation de nos pluies ; mais elles ontcessé, et jai repris mes tristes et aimables promenades. Que dites-vous, monenfant? Quoi ! vous voudriez quayant été à la messe, ensuite au dîner, et jus-quà cinq heures à travailler, ou à causer avec ma belle-tille, nous neussionspoint deux ou trois heures à nous! Elle en serait, je crois, aussi fâchée quemoi : elle est fort jolie femme, nous sommes fort bien ensemble; mais nousavons un grand goût pour cette liberté et pour nous retrouver ensuite.

Quand je suis avec vous, ma fdle, je vous avoue que je ne vous quitté jamaisquavec chagrin et par considération pour vous; avec toute autre, cest parconsidération pour moi. Rien nest plus juste, ni plus naturel, et il ny a pointdeux personnes pour qui lon soit comme je suis pour vous : ainsi laissez-nousun peu dans notre sainte liberté 1 : je men accommode; et avec des livres le

1 M. de la Troche était conseiller au parlement de Rennes.

s Voir la noie 2 e de la page 641.