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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGKÉ

ou plutôt cestainsi que nous le devrions servir. Je n'aurai point de repos quevous ne me mandiez lheureux retour de M. de Grignau. Hélas ! vous dites bienvrai, malille : cette Providence, dont nous savons si bien parler, ne nous sertguère dans les choses qui nous tiennent sensiblement au cœur : nous avonstort; mais nous néprouvons que trop notre foiblesse dans toutes les occasions.

Vous ne mavez point parlé cette fois de M. le chevalier. Je crovois quilvoulût prendre les eaux dans lautomne et dans le printemps, et passer lhiverdans votre doux climat; mais, sil ne le fait pas, je penserai toujours quillait bien. Pour moi, je ne sais si lenvie de vous voir cet hiver à Paris inau-roit fait surmonter des impossibilités; mais je vous assure que cest celaque jaurois eu précisément à combattre : point dargent quà la pointe delépée, de petits créanciers dont je suis encore étranglée, des chevaux decarrosse à racheter; en sorte que jignore comme jaurois pu faire sansmexposer à me sentir toute ma vie de ce dérangement. Au lieu quen sui-vant votre exemple, et passant lhiver en ce pays, comme vous en Provence,jaurai le temps de respirer. Je crois ce régime aussi bon pour vous que pourmoi. Celte lettre va partir. Il nest point arrivé de courrier de JJrest ; maisla nouvelle se confirme par des gens qui en sont venus ; vous lapprendrezde Paris. Adieu, ma chère comtesse; je vous embrasse mille fois.

A LA MÊME

A Àuray, mardi 9 août 1689.

Nous croyons aisément, ma fiI le, que les chaleurs que souffre M. de Grignausont extrêmes, puisque nous en avons ici de très-violentes, quoique voisinsdes bords de la mer. Vraiment, ce nest pas ici de ces canicules de Livry, quenous trouvions si ridicules : celle-ci est sans aucune pluie; nous suons tousles jours, et nous croyons que cela est admirable pour la santé. Nous allonsdemain au Port-Louis. Je donnerai votre lettre à M. de Chaulnes ; mais ce nesera que demain, car il est aujourdhui entièrement accablé. La plaisanteriede ce génie qui le pousse pour prendre soin de ma santé nous fait encorerire : il a si bien retenu vos soins et votre attention pour la conservation dema personne, que le souvenir nous en fait plaisir, et fait un commerce con-tinuel avec vous. Il est, dit-il, combattu, quand je mange sagement, entre leplaisir dêtre assuré de ma santé et le déplaisir que vous nayez rien à luidire; un ragoût, une salade de concombres, des cerneaux, lui font une liai-son avec vous, qui, toute superficielle quelle est, lui est l'orl agréable.