Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
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LIS T TR ES DE MADAME DK SÊYIG. tîôl

je lui fais, elle a celui de croire quelle vous en fait un très-sensible do m'ôterdes Rochers, que vous lui avez représentés tout autrement quils ne sont; carlair, que vous voulez croire mauvais, y est très-bon : cest un lieu qui meplaît, dont les promenades sont agréables, et dont la vie me convient et mecharme. 11 est vrai que jy ai souffert quelques maux; mais jaurais été encoreplus malade ailleurs. Cette duchesse ne cesse de me dire que la belle com-tesse sera ravie quelle mait tirée de ce mauvais air des Rochers : quand celaest dit une fois, cest pour toujours. Enfin, ma chère fille, cest vous qui mefaites faire cette campagne, la Providence le veut ainsi ; je men accommode,parce que jai lesprit aisé et que jaime et dois aimer M. et madame deChaulnes; mais, quand Dieu voudra que je retourne à ces Rochers, que vousdécriez injustement, je vous assure que jen serai parfaitement contente.

A LA MÊME

A Auray, mardi 2 août 1689.

Rien ne peut égaler les soins que ces gouverneurs ont de ma santé, ni lesmarques destime et de distinction que jen reçois : jen suis quelquefois em-barrassée. Cette heureuse arrivée du chevalier de Tourville à Rrest nous feraretourner tout droit à Rennes, et puis aux Rochers. Je vous avoue que je lesouhaite avec passion, et que si ma santé nétait pas à lépreuve, elle seraitfort ébranlée par cette sorte dagitation. Il faut quaprès avoir eu peur de lasolitude des Rochers, et avoir été cause quon men a tirée, vous soyez causequon my remette pour passer le reste de lété, qui est la belle saison de cesbois,, selon les apparences je ne passerai jamais que celle-ci. Tout celadoit être dit en badinant; mais appuyer sur la reconnoissance des attentionsquils ont pour moi : jadmire que de deux cents lieues loin, cest vous quime gouvernez.

Je suis très-inquiète du voyage de M. de Grignan : quelle bombe jetée aumilieu de vous tous et de votre tranquillité! Je le plains, parle chaud quil afait : cest voyager dans le soleil. Quand je songe aux incommodités que nousavons eues en ce pays froid auprès du vôtre, je sue de penser aux îles dOrEn vérité, le roi mérite tout ce quon fait pour lui; mais il faut avouer aussiijuil est bien servi : cest lidée que nous devrions avoir du service de Dieu,

1 Ce sont des iles sur la cote de Provence, qui sont comprises ordinairement sous le nomdes iles d'IIyères.