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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
bon duc l’aura trouvée telle qu’elle est, et vous, mon enfant, telle que vousêtes : je ne suis point en peine de votre beauté dès que vous vous portez bien.
.l’ai mandé à madame de la Fayette que son fils devoit trembler d’épousermademoiselle de Marillac, dont notre marquis étoit amoureux. Ce mariageest très-approuvé ; la maison est fort bonne, l’alliance agréable, tous les La-moignon, deux cent mille francs, des nourritures à l’infini. Madame de laFayette assure tout son bien : elle n’en veut que l’usufruit; n’est-ce pas assez?Elle est fort contente. Le mariage ne se fera qu’après la campagne.
Mon fils vous fait mille tendresses; il vous mande de lui tout ce que jevous ai mandé. J1 a vu à Rennes la beauté de la belle-lille de M. de Pomme-reuil : elle est tellement bègue, qu’elle ne prononce rien; mais il faut direcomme Molière : « Qui est le sot mari qui serait fâché que sa femme fûtmuette *? » Vraiment, je ne suis ni bègue ni muette, c’est une fureur. Il fautque je vous dise encore que je suis très-fàchée que vos fermiers commencentà vous'payer aussi mal que les nôtres : cela, joint à la privation du cointat...Ne parlons point de cela , non plus que des ravages du temps sur nos pauvrespersonnes, et enfin sur nos vies. Il fallait finir plus gaiement; je n’y sauraisque faire, dixi.
A LA MÊME
Aux Rochers, dimanche 25 septembre 1689.
Je m’accommode assez mal de la contrainte que me donne M. deGrignan : ila une attention perpétuelle sur mes actions; il craint que je ne lui donne unbeau-père. Cette captivité me fera faire une escapade; mais ce ne sera pas pourmonsieur le comte de Rcvel ; oui, Monsieur , c’est non-seulement Monsieur,mais c’est monsieur le comte de Revel. Notre ne savons ce que c’est dans cetteprovince que de nommer quelqu’un sans titre 3 : cependant nous nous oublionsquelquefois, et nous l’appelons Revel; mais c’est sous le sceau de la confession.Je ne veux point l’épouser, soyez en repos: il est trop galant. Vous voulez doncsavoir, ma chère belle, qui sont ses Chimènes. Vous en nommez deux très-Rretonnes ; en voici trois autres : une jeune sénéchale qui étoit ici, et qui n’estpoint parente de celle que vous avez vue ; mademoiselle de K..., fort jolie, quiétoitàRennes; et sur le tout, une petite madame de G.. votre nièce, car elle
1 Voyez la scène vi du second acte du Médecin malgré lui.
2 M. de Coulanges disait que les enfants du parlement de Rennes naissaient tous maripiiset comtes.