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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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est petite-tille de votre père Deseartes. Elle a bien de lesprit, et a toute lamine de croire que le feu est chaud, et quelle peut brûler et être brûlée.Cependant tout cela est si honnête, que leur amant commun paroît sennuyermortellement à Rennes. Il mandoit lautre jour à M. deLouvois que, sil avoitbesoin pour quelque guerre dhiver de lofficier du monde le plus reposé, ille f'aisoit souvenir de lui.

Parlons toutdun train, ma fille, delà prévention de M. le chevalier; lami-tié fait-elle un tel aveuglement? Je crois la connaître; mais il me semblequelle se laisse toujours convaincre par la lumière : on nen aime pas moinsceux qui ont tort; mais on voit clair. Quoi! une inconnue nommée la raison,soutenue de la vérité, heurtera à la porte, et elle en sera chassée comme deluniversité de Paris (vous avez vu le charmant ouvrage de Despréaux 1 ), et onne voudrapas seulement l'entendre, accompagnéedeses (pièces) justificatives!quoi! deux et deux ne feront plus quatre! Une gratification donnée parlemaréchal de la Meilleraie, de cent écris en deux ans, qui na jamais été suraucun état de pension, et quon ne savoit pas, fera un crime de nêtre pas con-tinuée, quand on dit : « Monsieur, il faudra voir aux états prochains ; si jemétois trompé, cela seroitaisé à réparer. » Car pour celle du mort rayée etdonnée aux états de 71, Coëtlogon nen disconvient pas. Peut-on avoir tortquand on fait voir clairement toutes ces choses? Ah! si M. le chevalier avoitune telle cause en main, avec ce beau sang bouillant qui fait la goutte et leshéros, il la sauroit bien soutenir dune autre manière que je ne fais ! Mais peut-on, avec un si bon esprit, fermer les yeux et la porte à cette pauvre vérité?Non vraiment, ma chère comtesse, ce nest point sur ce chapitre que M. le ducde Chaulnes a tort; cest son chef-dœuvre damitié ; il en a rempli tous lesdevoirs, et au delà : cest avec nous quil a tort, et quil a un procédé qui mestentièrement incompréhensible. Telle est la misère des hommes; tout est àla - , cites, tout est vrai, cest le monde.

Ce bon duc ma encore écrit de Toulon : il ne cesse de penser à moi, sans yavoir songé un seul moment pendant huit jours quil a été à Paris ; pas un motau roi de cette députation tant de fois promise, et avec tant dainitié et deraison de croire quil en faisoit son affaire; pas un motàM. de Croissi, dontil emmenoit le fils, et qui auroit nommé votre frère ; il dit une parole en lairà M. de Lavardin. Mais croyoit-il quil eût plus de pouvoir que lui pour faireun député? Nous étions persuadés que cétoit après en avoir dit un mot au roi.Enfin, il part, il apprend que Lavardin ne tiendra point les états : il falloit

1 Voyez l'arrêt burlesque donné en la grandchambre du Parnasse en faveur des maîtres èsarts, pour le maintien de la doctrine dAristote. (Œuvres de Boileau.)