LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
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est petite-tille de votre père Deseartes. Elle a bien de l’esprit, et a toute lamine de croire que le feu est chaud, et qu’elle peut brûler et être brûlée.Cependant tout cela est si honnête, que leur amant commun paroît s’ennuyermortellement à Rennes. Il mandoit l’autre jour à M. deLouvois que, s’il avoitbesoin pour quelque guerre d’hiver de l’officier du monde le plus reposé, ille f'aisoit souvenir de lui.
Parlons toutd’un train, ma fille, delà prévention de M. le chevalier; l’ami-tié fait-elle un tel aveuglement? Je crois la connaître; mais il me semblequ’elle se laisse toujours convaincre par la lumière : on n’en aime pas moinsceux qui ont tort; mais on voit clair. Quoi! une inconnue nommée la raison,soutenue de la vérité, heurtera à la porte, et elle en sera chassée comme del’université de Paris (vous avez vu le charmant ouvrage de Despréaux 1 ), et onne voudrapas seulement l'entendre, accompagnéedeses (pièces) justificatives!quoi! deux et deux ne feront plus quatre! Une gratification donnée parlemaréchal de la Meilleraie, de cent écris en deux ans, qui n’a jamais été suraucun état de pension, et qu’on ne savoit pas, fera un crime de n’être pas con-tinuée, quand on dit : « Monsieur, il faudra voir aux états prochains ; si jem’étois trompé, cela seroitaisé à réparer. » Car pour celle du mort rayée etdonnée aux états de 71, Coëtlogon n’en disconvient pas. Peut-on avoir tortquand on fait voir clairement toutes ces choses? Ah! si M. le chevalier avoitune telle cause en main, avec ce beau sang bouillant qui fait la goutte et leshéros, il la sauroit bien soutenir d’une autre manière que je ne fais ! Mais peut-on, avec un si bon esprit, fermer les yeux et la porte à cette pauvre vérité?Non vraiment, ma chère comtesse, ce n’est point sur ce chapitre que M. le ducde Chaulnes a tort; c’est son chef-d’œuvre d’amitié ; il en a rempli tous lesdevoirs, et au delà : c’est avec nous qu’il a tort, et qu’il a un procédé qui m’estentièrement incompréhensible. Telle est la misère des hommes; tout est àla - , cites, tout est vrai, c’est le monde.
Ce bon duc m’a encore écrit de Toulon : il ne cesse de penser à moi, sans yavoir songé un seul moment pendant huit jours qu’il a été à Paris ; pas un motau roi de cette députation tant de fois promise, et avec tant d’ainitié et deraison de croire qu’il en faisoit son affaire; pas un motàM. de Croissi, dontil emmenoit le fils, et qui auroit nommé votre frère ; il dit une parole en l’airà M. de Lavardin. Mais croyoit-il qu’il eût plus de pouvoir que lui pour faireun député? Nous étions persuadés que c’étoit après en avoir dit un mot au roi.Enfin, il part, il apprend que Lavardin ne tiendra point les états : il falloit
1 Voyez l'arrêt burlesque donné en la grand’chambre du Parnasse en faveur des maîtres èsarts, pour le maintien de la doctrine d’Aristote. (Œuvres de Boileau.)