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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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le maréchal, qui se soucie fort peu que le gouverneur de Rretagne perde cebeau droit, pourvu quil fasse sa cour. Madame de la Fayette lui a rendu tousses engagements, et laffaire finit ainsi. Mon fils est à Rennes, agréable aumaréchal, quil connoît fort, et quil a vu cent fois chez la marquise dUxelles,contestant hardiment Rouville; il joue tous les soirs avec lui au trictrac. Ilattend M. de la Trémouille, afin de rendre tous ses devoirs, et puis revenir iciavec sa femme ; cest le plus honnête parti quil puisse prendre. Je suis encoreseule; je ne men trouve point mal ; jaurai demain cette femme de Vitré :elle avoit des affaires.

Il faut que je vous conte que madame de la Fayette mécrit, du ton dunarrêt du conseil den haut, de sa part premièrement, puis de celle de madamede ChaulnesetdemadamedeLavardin,me menaçant de ne me plus aimer sije refuse de retourner tout à lheure à Paris ; et me disant que je serai maladeici, que je mourrai, que mon esprit baissera, quenfin point de raisonnements,il faut venir, et quelle ne lira seulement pas mes méchantes raisons. Ma fille,cela est dune vivacité et dune amitié qui ma fait plaisir, et puis elle continue.Voici les moyens : jirai à Malicorne avec léquipage de mon fils; madame deChaulnes y fait trouver celui de M. le duc de Ch aulnes ; jarriverai à Paris, jelogerai chez cette duchesse; je nacheterai deux chevaux que ce printemps;et voici le beau : je trouverai mille écus chez moi de quelquun qui nen aque faire, qui me les prête sans intérêt, qui ne me pressera point de lesrendre ; et que je parte tout à l'heure.

Cette lettre est longue au sortir dun accès de fièvre ; jy réponds aussi avecreconnoissance, mais en badinant, lassurant que je ne mennuierai que mé-diocrement avec mon fils, sa femme, des livres, et lespérance de me mettreen état de retourner cet'été à Paris, sans être logée hors de chez moi, sansavoir besoin déquipage, parce que jen aurai un, et sans devoir mille écus àun généreux ami, dont la belle âme et le beau procédé me presseroient plusque tous les sergents du monde; quau reste je lui donne ma parole denêtrepoint malade, de ne point vieillir, de ne point radoter, et quelle maimera tou-jours, malgré sa menace : voilà commejai répondu à ces trois bonnes amies.Je vous montrerai quelque jour cette lettre de madame de la Fayette. MonDieu ! la belle proposition, de nêtre plus chez moi, dêtre dépendante, denavoir point déquipage, et de devoir mille écus ! En vérité, ma chère enfant,jaime bien mieux sans comparaison être ici; lhorreur de lhiver à la cam-pagne nest que de loin ; de près ce nest pas de même. Mandez-moi si vous nemapprouvez point : si vous étiez à Paris, ah ! ce serait une raison étranglante ;mais vous nv êtes point. Jai pris mon temps et mes mesures-dessus ; et si,par miracle, vous y voliez présentement comme un oiseau, je ne sais si ma