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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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lui en falloit au scrutin pour être pape ; mais Vaccessit 1 gâta tout. Je 11 e saisce que cest; je vois bien seulement que cest quelque chose qui empêchequon ne soit pape : cependant il ny en aura un que trop tôt ; je me pro-mène souvent avec cette triste pensée.

Jaime tout à fait les louanges naturelles de Coulanges pour Pauline; elleslui conviennent fort, et mont fait comprendre sa sorte dagrément, bridé pour-tant par des gens qui ont un peu mis leur nez mal à propos : si ce comte avoilvoulu ne donner que ses yeux et sa belle taille, et vous laisser le soin de tout lereste, Pauline auroit brûlé le monde *. Cet excès eût été embarrassant : ce jolimélange est mille fois mieux et fait assurément une aimable créature. Sa viva-cité ressemble à la vôtre ; votre esprit dérobait tout , comme vous dites du sien :voilà une louange que jaime. Elle saura litalien dans un moment, avec unemaîtresse meilleure que nétoit la vôtre. Vous méritiez bien une aussi parfaite-ment aimable fille que celle que javois : je vous avois bien dit que vous feriezdelà vôtre tout ce que vous voudriez, par la seule envie quelle a de vousplaire ; elle me paroît fort digne de votre amitié. Me revoilà seule ; mon fils etsa femme sont encore à Rennes ; ma femme de Vitré sen est allée. Je suis fortbien, 11 e me plaignez pas. Mon fils attend M. de la Trémouille, qui vient inces-samment. 11 est avec ce maréchal ( dEstrées) comme avec un homme dont il estconnu ; il joue tous les soirs au trictrac avec lui. Tout brille de joie à Rennesdu retour du parlement, qui sera le 1 er de décembre ; les états souvriront le22 de ce mois. Le maréchal a des manières agréables et polies ; les Prêtons ensont fort contents : on aime le changement. Voilà, ma très-chère, tout ce queje sais. Ne soyez point en peine de ma solitude; je ne la hais pas ; ma belle-fille reviendra incessamment. Jai soin de ma santé : je ne voudrais pointêtre malade ici ; quand il fait beau, je me promène ; quand il fait mouillé,quand il fait brouillard, je ne sors point; je suis devenue sage. Mais vous,la reine et la cause efficiente de la santé des autres, ayez soin de la vôtre;reposez-vous de vos fatigues, et songez que votre conservation est encore unplus grand bien pour eux que celui que vous leur avez fait.

1 Larrivée des cardinaux français et du duc de Chaulnes à Rome avec le titre d ambassadeuret beaucoup dargent.

2 Mot de Tréville sur madame de Grignan, lorsquelle parut 'a la cour dans tout léclat de sabeauté.

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