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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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Jai regu votre dernière lettre, mon cher président; elle est aimable commetout ce que vous m.écriviez. Je suis étonné que Dupuis ne vous réponde point;je crains quil ne soit malade.

Vous voilà trop heureux davoir mon fils et notre marquise. Gouvernez-labien, divertissez-la, amusez-la; enfin, mettez-la dans du coton, et nous con-servez cette chère et précieuse personne. Ayez soin de me taire savoir de sesnouvelles ; jv prends un sensible intérêt.

Mon (ils me fait les compliments de Pilais 1 et des ouvriers, qui ont fini lelabyrinthe. Je les reçois, et je les aime, et les remercie. Je leur donneraisde quoi boire, si jétois.

Ma fille et votre idole vous aiment fort, mais moi par-dessus tout. Adieu,mon bon président; mon fils vous fera part de ma lettre. Jembrasse votretourterelle.

(Au dos de celte lettre sont écrits ces mots, de la main du marquis du Sévigné : De nuimère, le 20 septembre 1695.)

A M. DE COULANGES

A Grignan, le 15 octobre 1605.

Je viens décrire à notre duc et à notre duchesse de Chaulnes; maisjevousdispense de lire mes lettres : elles ne valent rien du tout. Je défie tous vosbons tons, tous vos points et toutes vos virgules, den pouvoir rien faire debon; ainsi, laissez-les ; aussi bien, je parle à notre duchesse de certainespetites affaires peu divertissantes. Ce que vous pourriez faire de mieux pourmoi, mon aimable cousin, ce serait de nous envoyer par quelque subtil en-chantement tout le sang, toute la force, toute la santé, toute la joie que vousavez de trop, pour en faire une transfusion dans la machine de ma fille. Il ya trois mois quelle est accablée dune sorte de maladie quon dit qui n'estpoint dangereuse, et que je trouve la plus triste et la plus effrayante de toutescelles quon peut avoir. Je vous avoue, mon cher cousin, que je men meurs,et que je ne suis pas la maîtresse de soutenir toutes les mauvaises nuits quel leme fait passer; enfin, son dernier état a été si violent, quil en a fallu venirà une saignée du bras ; étrange remède, qui fait répandre du sang quand iln y en a déjà que trop de répandu ! cest briller la bougie par les deux bouts.

1 Jardinier Je? UiicIkts.

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