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LETTRES DE MADAME DE 8ÉVIGNÉ
consentir sans balancer à la laisser aller jouir de tous ces avantages; mais cen’a [tas été sans larmes que nous l’avons vue partir 1 , car elle est tort ai-mable, et elle étoit si fondue en pleurs en nous disant adieu, qu’il ne scin-bloit pas que ce fût elle qui partît, pour aller commencer une vie agréable,au milieu de l’abondance. Elle avoit pris beaucoup de goût à notre société.Elle partit le premier de ce mois avec son père.
Croyez, mon fils, qu'aucun Grignan n’a dessein de vous faire des finesses,que vous êtes aimé de tous, et que si cette bagatelle avoit été une chose sé-rieuse, on aurait été persuadé que vous y auriez pris bien de l’intérêt, commevous avez toujours fait.
M. de (îrignan est encore à Marseille ; nous l’attendons bientôt, car la merest libre, et l’amiral Russe), qu’on ne voit plus, lui donnera la liberté devenir ici.
Je ferai chercher les deux petits écrits dont vous me parlez. Je me fie fortà votre goût. Pour ces lettres à M. de la Trappe, ce sont des livres qu’on nesaurait envoyer, quoique manuscrits : je vous les ferai lire à Paris, où j’es-père toujours vous voir, car je sens mille fois plus l’amitié que j’ai pour vousque vous ne sentez celle que vous avez pour moi. C’est l’ordre, et je ne m’enplains pas.
Voilà une lettre de madame de Cliaulnes, que je vous envoie entière, parconfiance en vi tre sagesse. Vous vous justifierez des choses où vous savezbien ce qu’il faut répondre, et vous ne ferez point d’attention à celles quivous pourront fâcher. Pour moi, j’ai dit ce que j’avois à dire, mais en atten-dant que vous me répondiez vous-même sur ce que je ne savois pas ; et j’aiajouté que je vous manderais ce que cette duchesse me mandoit. Ecrivcz-inidonc tout bonnement comme ayant su de moi ce qu’elle écrit de vous. Aprèstout, vous devez conserver cette liaison; ils vous aiment et vous ont faitplaisir: il ne faut pas blesser la reconnoissance. J’ai dit que vous étiez obligéà l’intendant; mais je vous dis à vous, mon enfant : « Cctle amitié ne peut-elle compatir avec vos anciens commerces, et du premier président, et duprocureur général? Faut-il rompre avec ses vieux amis, quand on veut mé-nager un intendant? M. de Pommereuil n’exigeoit point cette conduite. »J’ai dit aussi qu’il vous falloit entendre, et qu’il étoit impossible que vousn’eussiez pas fait des compliments au procureur général sur le mariage desa tille. Enfin, mon enfant, défendez-vous, et me dites ce que vous aurez dit .afin que je vous soutienne.
Ceci est pour mon bon président :
1 Madame do Sévigné ne devait plus la revoir