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et rien du tout le bien; et c’est uniquement ce qui se compte dans tous lesautres pays : ainsi on a profité avec plaisir d’un sentiment si rare et si noble,On ne sauroit mieux recevoir vos compliments que M. et madame de Gri-gnan les ont reçus, ni conserver pour votre mérite, monsieur, une estimeplus singulière. Nous n’avons qu’un sentiment sur ce sujet, et vous avez faitdans nos cœurs la même impression profonde que vous dites que nous avonsfaite sur vous ; ce coup double est bien heureux : c’est dommage qu’on nes’en donne plus souvent des marques. Votre style nous charme et nous plaît;il vous est particulier, et, plus que nous ne saurions vous le dire, dans notregoût : c’est dommage que nous n’ayons encore quatre ou cinq enfants àmarier. Il est triste de penser que nous ne reverrons jamais une seule devos aimables lettres ; les traits que vous donnez à celle qui cache la moitiéde son esprit, et au degré de parenté de l’autre, nous font voir que vous seriezun bon peintre, si c’étoit encore la mode des portraits.
C’est à vous, monsieur, qu’il faut souhaiter une longue vie, afin que lemonde jouisse longtemps de tant de bonnes choses ; pour moi, je ne suis plusbonne à rien : j’ai fait mon rôle, et par mon goût je ne souhaiterois jamais unesi longue vie : il est rare que la fin et la lie n’en soient humiliantes. Mais noussommes heureux que ce soit la volonté de Dieu qui la règle, comme toutesles choses de ce monde : tout est mieux entre ses mains qu’entre les nôtres.
Vous me parlez de Corbinelli; je suis honteuse de vous dire que, m’écrivanttrès-peu, quoique nous nous aimions toujours cordialement, je ne lui ai pointparlé de vous. Ainsi son tort n’est pas si grand; je m’en vais lui en écrire sanslui parler d’autre chose : nous verrons si c’est tout de bon que lecmne de l’ab-sence soit irrémissible auprès-de lui. Je ne le crois pas, en me souvenant dugoût que je lui ai vu pour vous; je serois quasi dans le même cas à son égard, sij'étois encore longtemps ici : mais il nous fera voir, comme vous, monsieur,que le fond de l’estime et de l’amitié se conserve et n’est point incompatibleavec le silence : et c’est cette seule vérité qui peut me consoler du vôtre,
.M. lit: C O b LANG CS A MADAME DE SÉ VIGNE
A Saint-Mari in. lo 17 février 1G9G,
Mais pourquoi ne pas écrire quelquefois in-folio, quand on trouve un beauet bon papier qui vous y invite? J’ai reçu ici, ma très-aimable gouvernante,la grande et la petite lettre que vous avez bien voulu m ecrire en même jourpour répondre a toutes les miennes; et je suis toujours charmé de votre sï vioet de votre bon et loyal commerce.