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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES lll VERSES

M. DE COULANGES A MADAME DE S i Al J A N E

A Paris, le 25 avril 1G!K).

bien loin de trouver mauvais, madame, que vous ue mayez point écrit devotre main, je suis fort surpris que seulement vous ayez songé à moi dans uneoccasion aussi cruelle et aussi funeste que celle nous nous trouvons 1 . Jenai point douté de votre sensibilité sur la perte que nous avons faite, et jaibien compris ce quil en coûteroit à votre bon naturel. Mon Dieu! madame,quel coup pour tous tant que nous sommes ! Quant à moi, je me perds dans lapensée que je ne verrai plus cette pauvre cousine, à qui jai été si tendrementattaché depuis que je suis au inonde, et qui mavoit rendu cet attachementpar une si constante amitié.

Si vous voyiez, madame, tout ce qui se passe ici, vous connaîtriez encoreplus le mérite de madame votre grandinère ; car jamais il ny en eut de plusreconnu que le sien, et le public lui rend, avec des regrets infinis, tout lhon-neur qui lui est. Madame de Coulanges est dans une désolation quon 11evous peut exprimer, et si grande, queje crains quelle nen tombe bien malade.Depuis le jour quon nous annonça la cruelle maladie qui à la fin nous la en-levée, nous avons perdu toute sorte de repos. Aladame la duchesse de Chaulnessen meurt; la pauvre madame de laTroche...

Enfin, nous nous rassemblons pour pleurer et pour regretter ce que nousavons perdu, et, parmi nos douleurs, linquiétude nous sommes encore pourla santé de madame votre mère nest pas une des moindres. Ne mécrivez point,mais ordonnez seulement au moindre de vos gens de nous mander de vos nou-velles : je vous supplie de croire que la santé de madame votre mère et la vôtreme sont très-précieuses, et par plus dune raison; car je crois devoir encoreà la mémoire de madame de Sévigné dêtre plus attaché quauparavant à vouset à madame de Grignan, par bien connoître les sentiments quelle avoit pourelle et pour vous.

Je nécrirai de longtemps à madame votre mère, de peur daugmenter sadouleur par mes lettres; mais ne moubliez pas dans les occasions; nommezmon nom, assurez que de tous vos serviteurs, parents et amis, personne assuré-ment 11est plus sensiblement affligé queje le suis et 11e prend plus de part queje fais à tout ce qui vous regarde. Je 11e ferai pas sitôt voir votre lettre à ma-

1 La nioi'l de madame de Scriaiic.