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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DIVERSES

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dame de Coulanges ; mais je ne manquerai pas de lui dire que vous ne loubliezpas. J'ose vous assurer que cest une justice que vous lui devez par tous lessentiments quelle a pour vous. Trouvez bon que je fasse ici de très-tristescompliments à M. de Simiane, à M. le chevalier de Grignan, et à M. de la(larde.

MADAME DE (1RIGNAN AU PRÉSIDENT DE MOIILCEAU

Le 28 avril 1090

Votre politesse ne doit point craindre, monsieur, de renouveler ma douleuren me parlant de la douloureuse perte que jai faite. Cest un objet que monesprit ne perd pas de vue, et quil trouve si vivement gravé dans mon cœur,qnerien ne peut laugmenter ni lediminuer. Jesuis très-persuadée, monsieur,que vous ne sauriez avoir appris le malheur épouvantable qui mest arrivé,sans répandre des larmes ; la bonté de votre cœur men répond. Vous perdezune amie dun mérite et dune fidélité incomparables : rien nest plus dignede vos regrets. Et moi, monsieur, que ne perdé-je point! quelles perfectionsne réunissoit-elle point, pour être à mon égard, par différents caractères,plus chère et plus précieuse! Une perte si complète et si irréparable ne portepas à chercher de consolation ailleurs que dans lamertume des larmes etdes gémissements.

Je nai point la force de lever les yeux assez haut pour trouver le lieu ddoit venir le secours; je ne puis encore tourner mes regards quautour demoi, et je ny vois plus cette personne qui ma comblée de biens, qui naeu dattention quà me donner tous les jours de nouvelles marques de sontendre attachement, avec l'agrément de la société. II est bien vrai, monsieur,il faut une force plus quhumaine pour soutenir une si cruelle séparation ettant de privation. Jétois bien loin dv être préparée : la parfaite santé dontje la voyois jouir, un an de maladie qui ma mise cent fois en péril, ma-voient ôté lidée que lordre de la nature pût avoir lieu à mon égard. Je meflattois de ne jamais souffrir un si grand mal ; je le souffre et je le sens danstoute sa rigueur. Je mérite votre pitié, monsieur, et quelque part dans lhon-neur de votre amitié.