LETTRES DIVERSES
097
dame de Coulanges ; mais je ne manquerai pas de lui dire que vous ne l’oubliezpas. J'ose vous assurer que c’est une justice que vous lui devez par tous lessentiments qu’elle a pour vous. Trouvez bon que je fasse ici de très-tristescompliments à M. de Simiane, à M. le chevalier de Grignan, et à M. de la(larde.
MADAME DE (1RIGNAN AU PRÉSIDENT DE MOIILCEAU
Le 28 avril 1090
Votre politesse ne doit point craindre, monsieur, de renouveler ma douleuren me parlant de la douloureuse perte que j’ai faite. C’est un objet que monesprit ne perd pas de vue, et qu’il trouve si vivement gravé dans mon cœur,qnerien ne peut l’augmenter ni lediminuer. Jesuis très-persuadée, monsieur,que vous ne sauriez avoir appris le malheur épouvantable qui m’est arrivé,sans répandre des larmes ; la bonté de votre cœur m’en répond. Vous perdezune amie d’un mérite et d’une fidélité incomparables : rien n’est plus dignede vos regrets. Et moi, monsieur, que ne perdé-je point! quelles perfectionsne réunissoit-elle point, pour être à mon égard, par différents caractères,plus chère et plus précieuse! Une perte si complète et si irréparable ne portepas à chercher de consolation ailleurs que dans l’amertume des larmes etdes gémissements.
Je n’ai point la force de lever les yeux assez haut pour trouver le lieu d’oùdoit venir le secours; je ne puis encore tourner mes regards qu’autour demoi, et je n’y vois plus cette personne qui m’a comblée de biens, qui n’aeu d’attention qu’à me donner tous les jours de nouvelles marques de sontendre attachement, avec l'agrément de la société. II est bien vrai, monsieur,il faut une force plus qu’humaine pour soutenir une si cruelle séparation ettant de privation. J’étois bien loin d’v être préparée : la parfaite santé dontje la voyois jouir, un an de maladie qui m’a mise cent fois en péril, m’a-voient ôté l’idée que l’ordre de la nature pût avoir lieu à mon égard. Je meflattois de ne jamais souffrir un si grand mal ; je le souffre et je le sens danstoute sa rigueur. Je mérite votre pitié, monsieur, et quelque part dans l’hon-neur de votre amitié.