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Fables Choisies, Mises En Vers / Par J. De La Fontaine
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XXVI VIE DE LA-FONTAINE.

Le P. Poujet instruit du succès de fa* visite, fut exactdepuis ce temps k lui en rendre deux par jour, danslesquelles il ne cessoit, en le familiarisant avec ses dis-cours, déclaircir ses doutes, & de répondre k ses ques-tions avec ladresse & sagesse dun habile homme. Cenétoit au fond , ni Impiété » ni lincrédulité quil avoit kcombattre. La Fontaihe toujours vrai, toujours sincere& rempli de bonne foi, ne cherchoit quà sinstruire, &-à se convaincre. Il ne vouloir point faire tenir k sabouche un langage que son cœur ou son esprit démen-tissent Je ne rapporterai point les différentes objectionsquil fit, ni la maniéré dont le P. Poujet sçut y satisfaire.Mais je ne fçaurois passer fous silence deux points inté-ressans fur lesquels La Fontaine eut peine k se rendre.Le premier fut une satisfaction publiqûe fur ses Contes,que ce Directeur exigea de lui: lautre, la promesse dene jamais donner aux Comédiens une pièce de théâtrequil avoit composée depuis peu, & dont il avoit reçules applaudissemens des connoiffeurs, & des amis auxquelsil l'avoir lûe. '

Quoique La Fontaine ne regardât pas ses Contes commeun ouvrage irrépréhensible, il ne pouvoir cependant ima-giner quils .fussent capables de produire des effets austîpernicieux quson le prétendoit. Il protestoit quen lesécrivant ils navoient jamais fait de mauvaises impressionsfur lui: & comme sa manière ordinaire étoit de juger desautres par lui - môme, il attribuoit ce quon lui disoit lk-dessus k une trop grande délicatesse. Cest ainsi quil sedeffendoit contre lespece damande honorable quon exi-geoit de lui; mais léloquence du P. Poli jet lemportafur ses répugnances. La Fontaine convaincu, se resigna,& consentit k tout ce que ce Directeur jugerait nécessaire& convenable dans cette occasion. Quant k la piècethéâtre , il ne se rendit point avec la même docilité. Lesdiscussions & la controverse , entre son ami Racine & M.Nicole sur ce point, étoient encore présentes k sonesprit. La décision du P. Poujet lui parut trop sévere; ilen appelia k une consultation en forme de plusieurs Doc-teurs de Sorbonne. Elle ne lui fut point favorable ; <&fans balancer il j-etta fa pièce au feu, fans-en retenir de

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