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ACTE I, SCÈNE IX.
Si je pouvais parler avecque hardiesse,
Vous le verriez dans peu soumis sans nul effort.
PANDOLFE.
Parle.
MASCARILLE.
C'est un secret qui m’importerait fortS’il était découvert; mais à votre prudenceJe le puis confier avec toute assurance.
PANDOLFE.
Tu dis bien.
MASCARILLE.
Sachez donc que vos vœux sont trahisPar l’amour qu’une esclave imprime à votre fils.
PANDOLFE.
On m’en ‘avait parlé ; mais l’action me toucheDe voir que je l’apprenne encore par ta bouche.
MASCARILLE.
Vous voyez si je suis le secret confident...
PANDOLFE.
Vraiment je suis ravi de cela.
MASCARILLE.
Cependant
A son devoir, sans bruit, désirez-vous le rendre ?
Il faut... J’ai toujours peur qu’on nous vienne surprendre :Ce serait fait de moi, s’il savait ce discours.
Il faut, dis-je, pour rompre à toute chose cours,
Acheter sourdement l’esclave idolâtrée,
Et la faire passer en une autre contrée.
Anselme a grand accès auprès de Trufaldîn ;
Qu’il aille l’acheter pour vous dès ce matin :
Après, si vous voulez en mes mains la remettre,
Je connais des marchands, et puis bien vous promettreD’en retirer l’argent qu’elle pourra coûter,
Et, malgré votre fils, de la faire écarter ;
Car enfin, si l’on veut qu’à l’hymen il se range,
A cet amour naissant il faut donner le change ;
Et de plus, quand bien même il serait résolu,
Qu’il aurait pris le joug que vous avez voulu,
Cet autre objet, pouvant réveiller son caprice,
Au mariage encor peut porter préjudice.
PANDOLFE.
C’est très-bien raisonner ; ce conseil me plaît fort...
Je vois Anselme ; va, je m’en vais faire effortPour avoir promptement cette esclave funeste,