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autorités do ces 1 historiens. Quelques biographes, comme Suétone etl'lutarque surtout, ont lu un peu plus de Mémoires; mais les nom-breuses citations sont laissées aux compilateurs, comme Pline le na-turaliste, Athénée, Macrobe, et saint Clément d’Alexandrie, dansses Sir ornâtes.
Les annalistes de l’antiquité ne faisaient point entrer dans leurs ré-cits le tableau des différentes branches de l’administration : les scien-ces, les arts, l’éducation publique, étaient rejetés du domaine de l’his-toire ; Clio marchait légèrement, débarrassée du pesant bagage qu’elletraîne aujourd’hui après elle. Souvent l’historien n’était qu’unvoyageur racontant ce qu’il avait vu. Maintenant l’histoire est uneencyclopédie ; il y faut tout faire entrer, depuis l’astronomie jusqu’àla chimie ; depuis l’art du financier jusqu’à celui du manufacturier ;depuis la connaissance du peintre, du sculpteur et de l'architecte,jusqu’à la science de l’économiste ; depuis l’étude des lois ecclésias-tiques, civiles et criminelles, jusqu’à celle des lois politiques. L’his-torien moderne se laisse-t-il aller au récit d'une scène de mœurs etde passions, la gabelle survient au beau milieu ; un autre impôt ré-clame ; la guerre, la navigation, le commerce, accourent. Commentles armes étaient-elles faites alors? D’où tirait-on les bois de construc-tion? Combien valait la livre de poivre? Tout est perdu, si 1’auteurn’a pas remarqué que l’année commençait à Pâques, et qu’il l’ait da-tée du r r janvier. Comment voulez-vous qu’on s’assure en sa parole,s’il s’est trompé de page dans une citation, ou s’il a mal coté l’édi-tion? La société demeure inconnue, si l’on ignore la couleur du haut-de-chausses du roi et le prix du marc d’argent. Cet historien doit sa-voir non-seulement ce qui se passe dans sa patrie, mais encore dansles contrées voisines ; et parmi ces détails, i! faut qu’une idée philo-sophique soit présente à sa pensée et lui serve de guide. Voilà lesinconvénients de l’histoire moderne : ils sont tels qu’ils nous em-pêcheront peut-être d’avoir jamais des historiens comme Thucydide,Tite-Live et Tacite; mais on ne peut éviter ces inconvénients, etforce est de s’y soumettre.
L’écrivain appelé à nous peindre un jour un grand tableau de notrehistoire ne se bornera pas à la recherche des sources d’où sortentimmédiatement les Franks et les Français ; il étudiera les premierssiècles des sociétés qui environnent la France , parce que les jeunespeuples de diverses contrées, comme les enfants de divers pays,ont entre eux la ressemblance commune que leur donne la nature,