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PRÉFACE.
cl parce que ces peuples, nés d’un petit nombre de familles alliées,conservent dans leur adolescence l’empreinte des traits maternels.
Quatre espèces de documents renferment l’histoire entière des na-tions dans l’ordre successif de leur âge : les poésies, les lois, leschroniques contenant les faits généraux , les mémoires peignant lesmœurs et la vie privée. Les hommes chantent d’abord ; ils écriventensuite.
Nous n’avons plus les bardits que fît recueillir Charlemagne ; ilne nous reste qu’une ode en l’nonneur delà victoire que Louis, filsde Louis le Bègue, remporta en 881 sur les Normands; mais le moinede Saint-Gai! et Ermold le Noir ont tout à fait écrit dans le goût de lachanson germanique.
La mythologie et les poésies Scandinaves ; les Edda et les Sagas;les chants des Scaldes, que nous ont conservés Snorron, Saxon leGrammairien, Adam de Brème et les chroniques anglo-saxonnes ; lesNibelungs, quoique d’une date plus récente, suppléent à nos perles :on verra l’usage que j’en ai fait en essayant de tracer l’histoire desmœurs barbares. Quant à ce qui concerne les langues, les évangilesgoths d’Ulphilas sont un trésor.
Pour le midi de la France, M. Raynouard a réhabilité l’anciennelangue romane, et, en publiant les poésies écrites ou chantéesdans cette langue, il a rendu un service important.
M. Fauriel, à qui nous devons la belle traduction des chants po-pulaires de la Grèce, doit montrer, dans la formation de la langueromane, les traces des trois plus anciennes langues de la Gaule, en-core parlées aujourd’hui, l’une en Écosse, l’autre dans le pays deGalles et la basse Bretagne, la troisième chez les Basques. Il aremarqué un poème sur les guerres des Arabes d’Espagne et deschrétiens de l’Occitanie, dont le héros est un prince aquitain nomméWalther : ne serait-ce point Waiffre? Plusieurs chants remémorentles rébellions de divers chefs du midi de la France contre les mo-narques carlovingiens : cela sert de plus en plus à prouver que leshostilités de Charles le Martel, de Pépin et de Charlemagne, contreles princes d’Aquitaine, eurent pour cause une inimitié de race, lesdescendants des Mérovingiens régnant au delà de la Loire. Ou nousfait espérer que M. Fauriel s’occupe d’une iiistoire des barbares dansles provinces méridionales de la France : le sujet serait digne de sonrare savoir et de ses talents. _
11 ne faut pas s’en tenir aux lois salique, ripuairc et gombette, pour