PREFACE.
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cinquanteans.il faut lire particulièrement dans Isidore la fin de saChronique depuis l’an 500 de Jésus-Christ, son Histoire des Roisgoths, vandales et suives, son livre des Étymologies, sa Règle pourles moines de l’Andalousie, et ses ouvrages de grammaire. Dans la col-lection des historiens espagnols en quatre volumes in-folio, l’ordrechronologique des auteurs n’a point été suivi; parmi les bruts maté-riaux de l’histoire d’Espagne, gît le travail des écrivains modernes,et en particulier YHistoria de rebus hispanicis de Mariana. Les pre-miers livres de cette histoire sont excellents, surtoutdans la traductionespagnole. Il y a deux cents pages à parcourir dans les Antiquitéslusitaniennes de Resend.
En descendant de l’Espagne à l’Italie, on retrouve la civilisationqui ne périt jamais sur la terre natale des Romains. Néanmoins, leroyaume d’Odoacre, celui des Goths, celui des Lombards, ont laissédes documents où l’on reconnaît la trace des barbares. Les collec-tions de Muratori offrent seules une large moisson. Mais nous avonsnégligé d'ouvrir, lorsque nous le pouvions, deux sources, l’Escurialet le Vatican, dont l’abondance aurait renouvelé une partie de l’his-toire moderne. Qu’on en juge parun fait presque entièrement ignoré :il est d’usage de tenir un registre secret sur lequel est inscrit, heurepar heure, tout ce que dit, fait et ordonne un pape pendant la duréede son pontificat. Quel trésor qu’un pareil journal 1
Archives françaises.
Parlons de ce qui nous appartient, et indiquons nos propres riches-ses. Rendons d’abord un éclatant hommage à cette école des bénédic-tins, que rien ne remplacera jamais. Si je n’étais maintenant un étran-ger sur le sol qui m’a vu naître; si j’avais le droit de proposer quel-que chose, j’oserais solliciter le rétablissement d’un ordre qui a sibien mérité des lettres. Je voudrais voir revivre la congrégation deSaint-Maur et de Saint-Vannes dans l’abbatial de Saint-Denis, àl’ombre de l’église de Dagobert, auprès de ces tombeaux dont lescendres ont été jetées au vent au moment où l’on dispersait la pous-sière du Trésor des Chartres : il ne fallait aux enfants d’une libertésans loi, et conséquemment sans mère, que des bibliothèques et dessépulcres vides.
Des entreprises littéraires qui doivent durer des siècles deman-daient une société d’hommes consacrés à la solitude, dégagés desembarras matériels de l’existence, nourrissant au milieu d’eux les
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