PEÉFACE.
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même un corps lettré qui commandait des travaux et ne dédaignaitpas d’y porter la main. On le verra quand j’indiquerai les manus-crits à consulter, et les entreprises arrêtées par l’action révolution-naire.
L’Académie des inscriptions travaillait de son côté aux fouilles denos anciens monuments : je n’ai pas compté dans ses Mémoiresmoins de deux cent cinquante-sept articles sur tous les points liti-gieux de notre archéologie. On trouve les membres de cette illustreacadémie chargés de la direction de plusieurs grands travaux quis’exécutaient avec le concours des lumières de diverses sociétés,sous le patronage du gouvernement. Plus heureuse que la congréga-tion de Saint-Maur, l’Académie des inscriptions existe encore; ellevoit encore à sa tête ses chefs vénérables, les Dacier, les Sacy, lesQuatremère de Quincy, savants de race, comme les Bignon , lesValois, les Sainte-Marthe, et dont les confrères continuent d’êtreparmi nous les fidèles interprètes de l’antiquité.
Auprès de ces trois grands corps des bénédictins, des magistratset des académiciens, se trouvaient des hommes isolés, comme lesdu Cange, les Bergier, les Lebœuf, les Bullet, les Decamps et tantd’autres : leurs dissertations consciencieuses ont jeté la plus vivelumière sur les points obscurs de nos origines. Il est inutile d’indi-quer ce qu’il faut choisir dans ces auteurs. Quel puits de science quedu Cange ! on en est presque épouvanté.
Je recommande surtout à nos historiens futurs une lecture sé-rieuse des conciles, des annales particulières des provinces , et descoutumes de ces provinces, tant latines que gauloises : c’est là qu’a-vec les Vies des saints pour les huit premiers siècles de notre monar-chie , se trouve la véritable histoire de France.
Et néanmoins, ces matériaux imprimés, dont le nombre écrasel’imagination, ne sont qu’une partie des documents à consulter. LesArchives, le Cabinet ou le Trésor des Chartres, les rôles et les regis-tres du parlement, les manuscrits de la bibliothèque publique et desautres bibliothèques, doivent appeler l’attention. Ce n’est pas toutque de chercher les faits dans des éditions commodes, il faut voirde ses propres yeux ce qu’on peut nommer la physionomie destemps, les diplômes que la main de Charlemagne et de saint Louisont touchés ; la forme extérieure des chartes, le papyrus, le parche-min , l'encre, l’écriture, les sceaux, les vignettes ; il faut enfin ma-nier les siècles et respirer leur poussière. Alors, comme un voyageur