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un homme, un homme influe sur un siècle ; et si un homme est lereprésentant des idées du temps, plus souvent aussi le temps est lereprésentant des idées de l’homme.
Le second système de l’histoire moderne a son côté vrai commele premier. Il est certain qu’on ne peut omettre aujourd’hui l’histoirede lVspéce; qu’il y a réellement des révolutions inévitables, parcequ'elles sont accomplies dans les esprits avant d’être réalisées au de-hors ; que l’histoire de l’humanité, de la société générale, de la civi-lisation universelle, ne doit pas ctre masquée, par l’histoire de l’intfi-vidualitè sociale, par les événements particuliers à un siècle et à unpays. La perfection serait do marier les trois systèmes : l’histoirephilosophique, l’histoire particulière, l’histoire générale; d’admet-tre les réflexions, les tableaux, les grands résultats de la civilisation,en rejetant des trois systèmes ce qu’ils ont d’exclusif et de sophis-tique.
Au surplus, s’il est bon d’avoir quelques principes arrêtés en pre-nant la plume, c’est, selon moi, uqe question oiseuse.de demandercomment l’histoire doit être écrite : chaque historien l’écrit d’après6on propre génie ; l’un raconte bien, l’autre peint mieux ; celui-ciest sentencieux, celui-là indifférent ou pathétique, incrédule ou reli-gieux : toute manière est bonne, pourvu qu’elle soit vraie. Réunir lagravité de l’histoire à l’intérêt du mémoire, être à la fois Thucydideet Plutarque, Tacite et Suétone, Bossuet et Froissard, et asseoirles fondements de son travail sur les principes generaux de l’écolemoderne, quelle merveille! Mais à qui le ciel a-t-il jamais départi cetensemble de talents, dont un seul suffirait à la gloire de plusieurshommes? Chacun écrira donc comme il voit, comme il sent; vousne pouvez exiger de l’historien que la connaissance des faits, l’impar-tialité des jugements, et le style, s’il peut.
École historique de l’Allemagne. Philosophie de l’histoire. L’histoire en An-gleterre et en Italie.
Auprès de nous, tandis que nous fondions notre école politique,l’Allemagne établissait ses nouvelles doctrines, et nous devançait dansles hautes régions de l’intelligence : elle faisait entrer la philosophiedans l’histoire, non cette philosophie du dix-huitième siècle, quiconsistait à rendre des arrêts moraux ou antireligieux, mais celtephilosophie qui tient à l’essence des êtres ; qui, pénétrant l’enveloppedu monde sensible, cherche s’il n’y a point sous cetle enveloppe